Karmât partagé

Un duo détonnant. Elle, Agnès Fustagueras toute de souplesse et de volupté dans une saharienne bien ajustée en clone d’Indiana Jones, lui, David Soubies, biceps bien saillants mais les membres inférieurs fragilisés et difficiles à contrôler, faux Tarzan d’opérette claudiquant avec peine, s’installent sur la grande scène. Ils vont évoluer sur une piste circulaire avec les spectateurs en jauge réduite regroupés au plus près sur des gradins pour un « spectacle de proximité » , ce qui permet d’appréhender encore davantage ces corps meurtris ou en actions. Un mât chinois trône au centre, et, un peu à l’écart, une petite table et une chaise, lesquels se révéleront autant d’ accessoires indispensables pour soutenir et aider les mouvements, les déplacements et autres évolutions dans cet espace volontairement minimal. Lui, même appuyé sur sa canne car ses jambes ne le portent plus et se dérobent à chaque instant, chancelle, titube, vacille, et chute… une fois encore… Qu’importe! Il se relèvera une fois de plus… Sa volonté est intacte, sa détermination absolue, sa soif de vie plus forte que tout. Son handicap physique, il a appris à s’en accommoder, le contrôler, à faire avec… mieux même y puiser encore plus d’énergie pour vivre plus ardemment… différemment certes, mais, pour sûr, au moins autant qu’elle, qui, derrière ce bureau rudimentaire semble si absorbée à compter et classer d’improbables chimères… Vitalité partagée, figures toutes de précision ou de sensualité, lesquelles défient les lois de l’apesanteur, peu à peu, leurs regards se croisent, ils se défient, se toisent puis avec une grâce infinie et beaucoup de pudeur s’apprivoisent, se rapprochent et se lancent dans d’incroyables arabesques où leurs talents se conjuguent… D’incontrôlables et hésitants, maladroits ou timides, les gestes se font plus harmonieux, les corps se mêlent, se complètent, s’enlacent pour une communion intensément charnelle… C’est dire que derrière la performance physique indéniable, porters et acrobaties inventives entre autres, s’esquissent perspectives et réflexions très pertinentes sur le handicap, l’aspect physique de chacun, la jeunesse qui ne sera pas éternelle, en un mot la confiance en soi et la perception d’autrui…                                « Corps de bois » dernière création de la Compagnie circassienne franco-catalane Daraomaï toute d’intelligence et de poésie, de fraîcheur et de spontanéité, concluait ainsi de façon magistrale la soirée d’ouverture de la nouvelle saison de la Baleine.

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