Dahmer, je fais un malheur

Une histoire hallucinante, un personnage hors du commun, lequel deviendra un des pires serial killers ayant jamais existé, rapidement surnommé « le cannibale de Milwaukee », qui avouera in fine avoir massacré sauvagement 17 jeunes hommes en quelques années, sera condamné en 1992 à 957 années de prison, soit 17 fois la perpétuité pour chacun des meurtres, et qui finira lui-même assassiné par un codétenu avec une barre d’haltères le 28 novembre 1994, ironie du sort un modus operandi exactement similaire à son tout premier crime… Mais ce n’est pas cela qui intéresse Derf Backderf, l’auteur de cette bande dessinée intitulée « Mon ami Dahmer » publiée aux éditions Çà et là… Il se trouve que tous deux habitaient dans la même petite bourgade de l’Ohio, ont fréquenté le même collège, plus tard le même lycée, avaient les mêmes copains et se sont liés d’amitié au fil des années. Il revient donc avec ce roman graphique de près de 200 pages sur cette période d’adolescence où le comportement parfois étrange de cet enfant solitaire ne laissait rien paraître du destin funeste à venir. Invraisemblable que personne (profs, camarades , voisins…) n’ait décelé le moindre indice du pire qui se profilait… Un scénario très méthodique construit autant sur les souvenirs personnels que sur les témoignages recoupés des uns ou des autres, les articles des journaux locaux de l’époque ou les interrogatoires du F.B.I., pour retracer l’itinéraire d’un personnage énigmatique, taciturne autant que frustré, lequel, à peine sorti de l’enfance, passait ses pulsions malsaines sur les cadavres d’animaux qu’il dissolvait dans l’acide !!! Anéanti par le divorce de ses parents qui l’abandonnent peu ou prou jusqu’à le laisser seul dans leur maison isolée en lisière des bois alors qu’il a déjà sombré dans l’alcoolisme et qu’il est incapable de se débrouiller, il va peu à peu s’enfermer toujours davantage dans cette logique mortifère dévastatrice… C’est une histoire tragique, une descente inexorable aux enfers d’un individu rongé par le mal être dissimulé et les non-dits lourds de désespérance, avec une mise en page et des dessins très élaborés d’un noir et blanc toujours plus angoissants, un découpage qui lorgne vers le cinéma et des planches d’une précision presque clinique. Tout concourt à décrire comment derrière l’apparente banalité du quotidien peut se construire dans indifférence des proches une personnalité d’une effrayante perversité…                                                                                                                           Un livre aussi fascinant que morbide, particulièrement documenté et qui fait froid dans le dos… avec en prime une préface glaçante d’une criminologue spécialisée !!!

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