Budapest ou choléra

Une fiction familiale que se nourrit de l’Histoire pour l’expliquer et réciproquement… Tout commence  en 1947 à Budapest au lendemain de la seconde guerre mondiale où un jeune violoniste juif sans le sou survit difficilement avec sa mère rescapée de Birkenau, jusqu’au jour où ils reçoivent un courrier d’un oncle, lequel les invite à le rejoindre à Jérusalem où il a ouvert un café devenu prospère grâce à la clientèle très disparate de l’époque. Comme la cohabitation est encore à l’ordre du jour, tous , juifs, arabes et même soldats anglais représentant la puissance coloniale en charge de ce territoire, s’y retrouvent en toute convivialité pour bavarder, partager une bière, jouer aux cartes, plaisanter etc…. Sauf que dès le 19 novembre 1947 est adoptée à l’O.N.U. le « plan de partage de la Palestine et la création de l’Etat d’Israël » et que très vite le climat va changer dans cette ville sacrée « qui appartient à tous »… mais « dont tous les habitants sont maudits ». Peu à peu les relations entre les différents protagonistes vont évoluer jusqu’à se tendre de plus en plus dans un climat où l’extrémisme des uns se nourrit de celui des autres, où les terroristes de l’Irgoun multiplient les exactions dans la Palestine mandataire jusqu’au massacre des villageois de Deir Yassin et où tous se rendent coup pour coup, sous l’œil goguenard et volontairement absent des troupes britanniques, lesquelles abandonneront le pays définitivement le 9 mars 1948: « un tuteur inapte qui abandonne ses protégés au bord du gouffre »… Dans ce contexte dramatique et douloureux, les personnages principaux aussi attachants que hauts en couleurs révéleront leur véritable nature, anarchiste et généreux, combatif et engagé… avec même un coup de cœur entre deux êtres au départ très opposés, lesquels transcenderont une situation inextricable… « Café Budapest » cette bande dessinée d’Alfonso Zapico, auteur du scénario comme des dessins d’un noir et blanc stylisé, publié chez Steinkis, parvient, sans didactisme aucun, à la fois à rendre compréhensible toute la complexité de la situation encore si conflictuelle au Moyen-Orient près de 70 ans plus tard et ses nombreux enjeux géopolitiques sous-jacents. Ce roman graphique subtil de 160 pages n’élude aucune question sur la tolérance réciproque nécessaire, le fondamentalisme religieux ou l’absurdité de la guerre…                                                                                                                     Aussi réussi que touchant, avec omniprésente et fédératrice, la musique au-delà des différences…

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