Méli-Melloul

Investir un palais épiscopal fut-il destiné à être prochainement démoli pour laisser place à un hôtel de luxe doit être un plaisir malicieux qui ne se refuse pas. Pouvoir s’en donner à cœur joie sur les murs défraîchis, les portes éventrées, les parquets qui inexorablement se déglinguent, la cage d’escalier gigantesque et jusqu’à la charpente bizarrement inversée sous les toits, un lieu improbable à l’espace démesuré où taguer en tous sens, mêler délire inventif fait de cordes entremêlées, de suspensions improbables, de tableaux multi-formats qui explosent de couleurs, voilà le genre de défi qui doit être plus que stimulant à relever… Un lieu disons franchement cocasse pour ne pas dire iconoclaste auquel ne pouvait résister Florian Melloul, un artiste ruthénois éclectique tombé dans la marmite du dessin, de la peinture et autres arts graphiques quand il était petit… Depuis, son parcours professionnel autant qu’artistique ne manque pas de surprendre, capable aussi bien d’animer aujourd’hui un atelier art-thérapie en maison de retraite, peut-être demain dans un centre pour publics en difficulté que de se mettre en situation de création avec principalement des bombes façon street art et graffiti dont il fait même, touche d’humour et auto-dérision assumée, éléments constitutifs, voire fondamentaux, de nombre de ses productions. On retrouvera ainsi largement exposés sur toute une aile de l’ancien évêché, aussi bien des clins d’œil espiègles à Andy Warhol, des autoportraits teintés d’ironie douce-amère que de nombreuses images de jeunes enfants, le regard le plus souvent dissimulé derrière un masque, lequel tient autant du super-héros tout droit évadé d’un blockbuster hollywoodien que de l’univers délicieusement intact d’un monde où tout n’est que délice d’imaginaire, monde merveilleux et insouciance partagée. On y croisera Dali resplendissant de mégalomanie aussi bien que la Joke onde (sic)… Bois ou toile à matelas, supports aussi variés ou foutraques qu’inattendus, on voit que l’artiste s’est vraiment fait plaisir: jouant avec du mobilier style vieille France ici, bandes de plastique d’entrepôt en guise de tentures là, pochoirs négatifs ou têtes de mannequins détournées ailleurs, veille machine à écrire débitant un même slogan comme dans l’inquiétant Shining de Stanley Kubrick…                   Urban Palace, cette « exposition évolutive » est plus qu’une simple juxtaposition d’œuvres disparates, on y ressent une vraie atmosphère, un kaléidoscope très personnel ouvert sur de multiples perspectives…À voir jusqu’au 28 septembre chaque après-midi dès 14 heures.

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