NostAlgérie

Un roman graphique d’une grande intelligence, tout en nuances, un retour aux sources à la recherche des racines familiales d’une jeune femme qui depuis toute petite a toujours entendu parler de ce pays: l’Algérie… Et pour cause…  1962, date de l’indépendance c’est surtout pour ses grands-parents, l’heure de l’exil en métropole, loin du pays  où ils ont toujours vécu et où sont nés leurs enfants dont leur fille, la mère de l’auteur. Celle-ci, Olivia Burton, petite fille de pieds-noirs se décide à 40 ans à entreprendre un road-movie existentiel, un véritable pèlerinage pour retisser les liens de sa propre histoire, retrouver des témoins qui auraient pu jadis connaître ses ancêtres pour les lui raconter… redonner patiemment chair et âme à tout ce qui jusqu’alors n’était pour elle que bribes d’anecdotes, blessures secrètes et autres cartes postales… Ses souvenirs oubliés lui reviennent en mémoire, des lieux à découvrir, des noms à retrouver, des odeurs, des couleurs, autant de repères évanescents, comme un puzzle dont il faut méticuleusement assembler chaque pièce pour reconstituer sa propre histoire… Pendant des années, inlassablement, elle a demandé à sa grand-mère d’écrire ses mémoires… Sans succès… Quelques années plus tard, en mettant un peu d’ordre dans l’appartement de Bandol sur la Côte d’Azur où son aïeule décédera, elle mettra la main sur un épais dossier qui lui était destiné: une cinquantaine de feuillets d’une écriture hésitante, le résumé de toute une vie qui deviendra son guide de voyage personnalisé pour refaire le chemin à l’envers.  » l’Algérie c’est beau comme l’Amérique  » avec des dessins très soignés de Mahi Grand paru aux éditions Steinkis est une odyssée remarquable qui parvient à faire jaillir le plus intime de chaque détail, de chaque rencontre, de chaque moment… Ou comment d’une chronique familiale enfouie de chaque coté de la Méditerranée renouer avec l’Histoire sans grand discours mais sans occulter le cœur de cette relation aussi conflictuelle que passionnée qui structure les relations entre Paris et Alger depuis toujours. Colonialisme, racisme, incompréhension mutuelle, guerre et après-guerre, tout y est, comme autant de petites lumières qui éclairent ce récit à la première personne certes mais à portée universelle. De magnifiques planches noir et blanc, entre passé et présent, et, ici et là, quelques vignettes en couleurs, des photos instantanés, donnent à ce voyage initiatique raconté avec beaucoup de sincérité et quelques touches d’humour et de légèreté, une incroyable authenticité qui en fait toute sa force et sa valeur.                                Une B.D. en tous points exemplaire.

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