Journal intime

Une correspondance très suivie entre un appelé portugais envoyé sur le front des guerres coloniales en Angola et sa femme enceinte de leur enfant restée à Lisbonne, voilà la trame du film présenté hier soir en clôture de la saison par Lumières 12 en partenariat avec l’association Livre ensemble et le soutien de la Maison du Livre de Rodez. « Lettres de la guerre » premier film d’Ivo Ferreira est l’adaptation du recueil éponyme paru en 2005 d’Antonio Lobo Antunes, jeune médecin au look guévariste tout juste diplomé  à l’époque, 1971, lequel deviendra plus tard un des grands noms de la littérature de son pays. Des échanges au long cours sur plusieurs années, dans lesquels l’auteur évoque avec une extrême pudeur autant son amour incandescent pour sa femme, ses désirs brûlants, la douleur de l’absence des êtres aimés que le quotidien d’une unité d’une armée d’occupation aux prises avec un mouvement de libération nationale largement soutenu par les habitants du cru … La Révolution des œillets de 1974 qui mettra fin à ces conflits armés qui ont tant duré en Afrique germera ainsi dans la tête de ces jeunes officiers ou intellectuels confrontés à l’horreur de la répression, de la torture ou des vexations commises envers les populations locales. Le film nous plonge ainsi dans l’intime d’un soldat éperdu d’amour pour sa compagne, dont la fragilité humaine se confronte chaque jour avec le sentiment d’abandon ou d’incompréhension, ses camarades détruits par les blessures des corps ou des âmes, la mort qui rode en permanence, mais aussi sa condition de professionnel de santé sollicité pour soulager indistinctement détresses et douleurs de tous ceux qui ont besoin de lui… Une dichotomie qui devient chaque jour plus béante entre la volonté humaniste d’être utile et sa condition intrinsèque de membre d’une armée d’occupation laquelle contraint coûte que coûte. Pour traduire la complexité de ces états d’âme successifs, les images en noir et blanc très soignées presque veloutées s’imposent comme autant de dégradés tout en nuances. Elles expriment avec force mais aussi retenue la grisaille de l’ennui qui taraude dans la moiteur tropicale, les accès de violence autant que la passion contrariée… des situations contrastées que les textes lus en voix off magnifient à chaque instant. Un film sobre et austère qui oscille délicatement entre exaltation amoureuse aussi poétique qu’enflammée et réflexions géopolitiques sur la condition humaine en temps de guerre, à voir en version originale bien sûr.

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