Trouble Je

La fête du cinéma, avec des billets à 4 euros la place qui dure jusqu’à mercredi inclus, donne l’occasion de séances de rattrapage pour voir enfin des films que l’on aurait loupés pour diverses raisons, ou en découvrir beaucoup d’autres. Le dernier opus de François Ozon présenté à Cannes en sélection officielle « L’amant double » est un long métrage particulièrement vénéneux, limite border line, lequel pose plus de questions qu’il n’offre de réponses sur les relations humaines en général et tout particulièrement sur les fondamentaux sur lesquels se construit et perdure, ou pas, un couple. Né d’une coïncidence professionnelle, celui que développe une jeune femme plus torturée qu’il n’y parait avec son psychanalyste, et donc hors toute déontologie, s’interroge séquence après séquence sur les postulats qui sous-tendent, nourrissent ou vampirisent les rapports pour le moins plus qu’ambigus entre ce spécialiste de l’âme humaine et son cobaye, dont il sait à peu prés tout et dont il peut in fine se jouer ou manipuler à sa guise, un virtuose du sentimental autant que du sexuel face à une patiente qui se révélera éminemment diabolique… Qui de la proie fragile ou du prédateur pervers s’en sortira le mieux, ou le moins mal??? Et l’imbroglio de la situation va crescendo quand apparaissent aussi bien un frère jumeau proscrit, en double machiavélique obsessionnel, une mère castratrice plus ou moins repentie voire une voisine plus inquiétante que rassurante… C’est dire si ce triller psychologique a du ressort, de l’envergure et de l’épaisseur… Brillant autant que fascinant, plus iconoclaste qu’apaisant, toujours sur un fil tendu à l’extrême pour explorer l’intime ou le non-dit, le désir ou la frustration, la culpabilité ou la jouissance… Éros et Thanatos se font écho en permanence pour insuffler doute et suspicion, complémentarité ou opposition, altérité ou unité… Les frontières déjà ténues entre réalité et vraisemblance, duplicité et connivence, vécu et fantasme tombent les unes après les autres pour effacer progressivement tous nos repères et ouvrir des abîmes chez chaque spectateur. Il nous pousse à réfléchir à chaque instant sur les images que projette ce couple particulièrement étrange, baigné qui plus est d’ une atmosphère de plus en plus irrespirable voire délétère…                                                                                                               Ce film crépusculaire évoque aussi bien les dérives de « Faux semblants » de David Cronenberg que la folie glacée de certains De Palma, avec Marine Vacth en héroïne hitchcokienne  toute d’opacité face à Jérémie Rénier sulfureux à souhait,  deux comédiens au sommet de leur art.

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