Du coq à l’âne

Le théâtre de l’absurde est une mécanique infernale toute de précision, laquelle suppose toujours plus de rythmes et de rigueur, générant ainsi le genre d’abîme où le spectateur se doit d’être sans repère, perdu ou décontenancé, étonné ou émerveillé, fasciné ou médusé, pour résumer surpris à chaque instant… Temps mort, hésitation, flottement sont définitivement à exclure faute de quoi le coté en apesanteur et totalement décalé des propos tenus retombe très vite et manque de souffle… C’est dire que le projet de la troupe de la M.J.C. d’Onet « Les souliers troués » laquelle, cette année, a choisi de monter  le texte de Jean-Michel Ribes « Théâtre sans animaux  » ne manque ni d’ambition ni d’intelligence plutôt que de se contenter de la sempiternelle comédie de boulevard sans intérêt et pour tout dire à remiser définitivement au fin fond des placards avec interdiction définitive de l’ en exhumer… Ce spectacle n’est pas vraiment une pièce au sens strict du terme, c’est davantage une succession d’histoires brèves entre loufoqueries déjantées, déséquilibres verbaux et acrobaties de langages, pour entraîner le public vers un ailleurs à découvrir, à tutoyer ou à inventer, un monde où l’improbable se nourrit du quotidien, où rien n’est jamais acquis et où chaque personnage se révèle toujours plus mystérieux, ambigu à souhait, franchement douteux et suspect, voire pourquoi pas carrément peu recommandable… Tout le défi à relever se joue dans le rendu opaque nécessaire de situations a priori on ne peut plus claires, traduire de façon palpable le trouble naissant qui insidieusement va aller crescendo entre le banal et l’extraordinaire, le discours attendu et les non-dits dévastateurs, les paroles aussi convenues que creuses et ses dérives potentielles… De ce décalage maîtrisé doivent surgir d’autres idées totalement iconoclastes, pour des perspectives teintées de surréalisme et de folie douce, pour, in fine, des propos beaucoup plus complexes qu’ils ne paraissent… Ces pas de côté littéraires, ces dialogues en suspension deviennent tout l’enjeu de ces « courtes fables » pour reprendre un mot de l’auteur… ni plans sur la comète, ni poudre de perlimpinpin, juste le vernis d’un prêt à porter de conversations aussi matois que redoutable à  dynamiter absolument…         Il est évident que que les huit séquences qui composent cette fantaisie théâtrale sont loin d’être toutes abouties, que certains des comédiens amateurs sont plus à l’aise que d’autres, que l’inventivité et la surprise ne sont pas toujours au rendez-vous… il n’en demeure pas moins que la représentation quasiment sans décor ni accessoire proposée hier à la Chapelle Saint Joseph, ponctuée de divagations philosophiques délicieusement incongrues était tout à fait méritoire.

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