Héros de conduite

C’est une pièce intemporelle, terriblement d’actualité, qui frappe le spectateur en plein cœur et ne peut laisser indifférent, un uppercut violent qui vous met K.O. tant son sujet, son écriture incisive, précise, percutante que sa symbolique tragique oblige chacun à se remettre en question.  « Morts sans sépulture » ce texte de Jean-Paul Sartre que la Troupe des Jeux-Dits d’Onet le Château avait choisi cette année, demande un engagement de tous les instants pour rendre chaque seconde toujours plus intense, chaque réplique engrenage infernal supplémentaire de l’horreur qui se joue devant nos yeux… Les problématiques de responsabilité individuelle ou collective, les notions de culpabilité, de soumission ou de résistance qui irriguent en permanence ce drame sont des enjeux du quotidien dont il faut s’accommoder, lesquels glissent ou rebondissent sur les uns quand d’autres y trouvent la raison de leurs révoltes  légitimes… Le prix du courage, la force de la volonté, la fraternité indispensable face à la trahison possible, le choix de vivre aujourd’hui pour espérer demain, pouvoir se regarder en face ou dans les yeux de ses camarades  sans trembler, autant de choix toujours plus difficiles qui s’imposent comme fondamentaux de la condition humaine… Tous les comédiens sont à l’unisson pour rendre palpable la fragilité des différents personnages… Les partisans menottés font face avec un courage hors norme à l’abjection de leurs bourreaux, ces miliciens qui ne connaissent que tortures, viols ou sévices en tous genres comme seule réponse, la détermination des uns fait écho au sadisme des autres… Chacun est seul  face à sa conscience avec ses propres faiblesses, ses petits arrangements inavouables ou ses moments de bravoure insoupçonnée, et cherche inlassablement à justifier les sentiments tout d’ambiguïté qui le submergent… la frontière entre le héros ou le lâche malgré lui devient toujours plus ténue… raison ou empathie, complicité et douleur sont plus inextricables que jamais… On frissonne en repensant au fameux discours de Malraux :« Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège, avec eux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi, et même ce qui est peut être plus atroce, en ayant parlé … » mais aussi à la prophétie du pasteur allemand Martin Niemöller ancien déporté: « le silence des pantoufles est plus dangereux que le bruit des bottes… » C’est dire si cette pièce raisonne toujours d’autant d’acuité. La sobriété de la mise en scène d’Olivier Royer  ne la rend que plus poignante.                                                                                                                    Ce spectacle est à voir ou à revoir cette semaine mardi à Baraqueville et vendredi à la M.J.C. d’Onet.

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Héros de conduite

  1. Mae LAFON dit :

    Une prouesse d’acteur .
    Je suis sortie complétement  » sonnée  » de cette représentation qui nous renvoie à une époque que nous n’avons pas connue , mais tant entendu parler . celle de la Résistance et du gouvernement de Vichy .A conseiller dans votre entourage .Il faut voir cette piéce .Bravo Monsieur Olivier ! Pourquoi ne pas continuer à vous produire à la rentrée ?

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s