Focus

 C’est un récit poignant et douloureux à la première personne, celui d’un journaliste et photographe de guerre de retour chez lui au Kosovo en 1999 alors que la guerre civile dans les Balkans suite à l’effondrement de l’Ex-Yougoslavie a conduit aux pires atrocités, et qu’enfin la communauté internationale s’est décidée à intervenir via une campagne de bombardements sous mandat de l’O.N.U. à laquelle Milosevic répondit en déportant massivement les populations de ce territoire majoritairement albanais jusqu’à ce que deux mois plus tard ce soit les forces armées internationales dites de la KFOR qui en prennent le contrôle…  Gani Jakupi nous plonge avec « La dernière image » sous-titrée: « Une traversée du Kosovo de l’après-guerre », parue chez Noctambule, en immersion, celle d’un reportage sur le vif, de ceux qui font les gros titres des journaux et autres magazines de presse. Ce roman graphique entièrement en sépia devient ainsi, vu sa charge affective très autobiographique qui est sa raison d’être, une réflexion émotionnelle très forte sur la « position bancale du reporter, entre la réalité dont il témoigne et les médias auxquels il est censé la transmettre » … Cette interrogation légitime sur son travail, son implication ou son impuissance, en tout état de cause sur l’objectivité ou l’engagement nécessaire de son statut privilégié. et la force des images qui parfois peuvent bouleverser complètement une situation devient son sujet ultime, sa quintessence existentielle. L’Histoire récente et l’authenticité de clichés pris in vivo ou d’autres retouchés ou scénographiés, regorge d’exemples de ce genre. Ce n’est pas un hasard si les professionnels de l’image sont de plus en plus encadrés, embedded comme on dit maintenant, la communication systématiquement contrôlée, maîtrisée voire censurée jusque dans les plus infimes détails aux fins de propagande ou de choix géopolitiques. Une guerre sans image n’existe pas à l’heure des chaines d’infos en continu, dérives de fake news en prime. Retrouver les fosses communes où une grande partie de sa famille a été assassinée, rencontrer les survivants qui  veulent absolument raconter leurs tragédies personnelles… sont autant de défis auxquels l’auteur se confronte, cœur serré et colère sourde, transformant de facto cette fresque en épopée de l’intime… La postface faite d’ interviews de plusieurs de ses confrères prolonge intelligemment les questionnements sur la place et l’importance des photos de presse lors des conflits armés.                                                 Une B.D.  indispensable pour mieux comprendre les enjeux du monde contemporain.

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