Le geste, Auguste

 » Rodin » le dernier film de jacques Doillon présenté en sélection officielle au dernier Festival de Cannes n’est pas le contrepoint de « Camille Claudel », la biographie de Bruno Nuytten, sortie il y a une trentaine d’années avec Isabelle Adjani dans le rôle titre. Bien sûr , on ne peut évoquer l’un sans parler de l’autre tant leurs vies et leurs destins se croisent, s’imbriquent, se superposent ou se vampirisent si souvent…  Ni un biopic plus ou moins hagiographique, ni un documentaire qui illustrerait quelques moments charnières de la vie de ce sculpteur, c’est davantage une immersion au cœur de son atelier, où on le retrouve à la fois hanté par les œuvres monumentales dont il a reçu commande, sa passion dévorante pour celle qui fut d’abord son élève et dont très tôt il sut comprendre le talent, sa vie personnelle avec sa compagne de toujours dévouée jusqu’à en être transparente, ses angoisses ou ses recherches permanentes pour maîtriser la matière quelle qu’elle soit pour en tirer la quintessence… On le suit ou plutôt on le traque au milieu de ses assistants, trop souvent insatisfait multipliant les ébauches qui encombrent des étagères surchargées, doutant de son inspiration jusqu’au moment où soudain serein et apaisé, il plonge à corps perdu dans la glaise, le plâtre  ou le bronze pour lui donner forme et en faire jaillir  avec des  gestes précis, le contour, la statue,  le nec plus ultra de ce qu’il ressent et qui souvent deviendront de vrais chefs d’oeuvre. Aussi romanesque que tourmentée sa vie s’expose devant le spectateur pris à témoin comme un improbable mélange de sensualité exacerbée et de maîtrise toute de sang froid… où ses multiples aventures avec ses modèles féminins qui tiennent lieu de maîtresses autant que de confidentes sont le passage obligé de son acharnement quasi charnel à tirer le meilleur de son art… Vincent Lindon bougonnant et marmonnant dans sa barbe incarne ce créateur génial autant que déraisonnable, toujours prompt à se remettre en question encore et encore. Izia Higelin, muse éclaboussante de sensualité  désespérée devient à ses cotés  de plus en plus déchirante pour former un couple en marge, révolté et inoubliable et in fine immensément vénéneux… En parallèle ce film propose aussi une plongée dans la société artistique et intellectuelle de cette époque flamboyante …                                                                                                                                     À noter, le film est entièrement sous-titré afin de rendre plus compréhensibles des dialogues fiévreux, suspendus ou en apesanteur qui sinon pourraient être limite audibles.

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