L’ Histoire déboule

Quatre joueurs réunis pour une partie de pétanque au soleil de la Provence, lesquels discutent avec exubérance, se taquinent ou se chambrent gentiment. Tout semble normal, habituel, paisible… mais tout va très vite déraper. Car chacun cache derrière sa bonhomie apparente un passé douloureux, des non-dits déchirants et une culpabilité envahissante. La palette est quasi complète, presque caricaturale: quatre individus représentatifs d’un communauté bien spécifique avec ses codes, sa gestuelle, son phrasé, en clair une certaine idéologie… D’abord, le rapatrié rondouillard, pied-noir nostalgique autant que déboussolé, puis un jeune immigration d’origine, français autant par droit du sol que de sang, ensuite le local de l’étape, manières pagnolesques et tartarinade jusqu’à l’excès, enfin le dernier arrivé, parisien conquérant tout juste débarqué, canotier et saharienne de m’as-tu-vu… Rituel immuable d’échauffement, de boules à lustrer, de transistor posé sur un banc lequel crachote et soudain une nouvelle terrible qui revient en boucle… Nous sommes le 25 juillet 1995, date de l’attentat sanglant du RER en plein Paris. Cela sera le détonateur d’un flot de révélations plus intimes et dévastatrices les unes que les autres… où l’actualité percute les souvenirs…« Quand les mémoires s’entrechoquent » sous-titre de la pièce « Les pieds tanqués » par la troupe Artscenicum Théâtre qui clôturait la saison 2016/20177 était à l’affiche hier à La Baleine. Un début lent, presque trop, avant que n’éclate l’orage synonyme de rancœurs étalées au grand jour, de secrets inavouables que l’on ne peut plus taire, de confessions en tous genres révélatrices de personnalités aussi nuancées qu’éminemment complexes…Guerre d’Algérie, événements, maintien de l’ordre, c’est selon… L’Histoire se teinte d’ego, la nostalgie apparente se dilue dans d’incroyables aveux, rien, ni personne n’échappe à l’introspection nécessaire et indispensable à défaut d’être suffisante et libératrice… «J’ai mal à l’Algérie » cette citation d’ Albert Camus dont l’ombre plane en permanence, chacun pourrait la reprendre à son compte, tant l’attachement personnel et/ou familial, les racines, les engagements, les destins se croisent, se recoupent, se confrontent à jamais avec cette terre, son passé, son présent, son avenir… Des liens aussi indissolubles que charnels, inextricables qu’affectifs…C’est là dans cette leçon d’histoire contemporaine doublée de réflexions personnelles que la pièce prend toute sa force, bien au-delà des témoignages individuels pour basculer dans la relation autrement plus fouillée et compliquée où chacun se situe dans l’Histoire collective…celle des hommes de son temps.                                                                                                                                       Humain profondément humain.

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s