Dieu reconnaîtra les siens …

Une histoire insoutenable que celle du génocide du Rwanda, 800 000 morts, très majoritairement Tutsis en trois mois, 100 jours d’extermination d’avril à juillet 1994 au vu et su de l’ensemble de la communauté internationale, laquelle s’empressera soit de regarder ailleurs, soit de fermer les yeux,… Tardivement, le 22 juin de 1994, la France lancera l’intervention militaire « Turquoise » après autorisation de l’O.N.U. officiellement une « opération strictement humanitaire »… Voila pour le contexte géopolitique de la bande dessinée « La fantaisie des Dieux, Rwanda 1994 » scénario-enquête de Patrick de Saint-Exupéry, grand reporter pour de nombreux journaux et magazines avec dessins signés Hippolyte publié aux éditions Les Arènes. Un témoignage aussi implacable que douloureux pour retrouver des témoins, relater l’horreur et dire l’indicible de cette guerre civile. Des planches qui, d’une part, reviennent sur les lieux précis de ces massacres 20 ans plus tard avec en contre-point des photos en noir et blanc extraites d’archives de cette opération Turquoise, mais aussi de longues diversions en pastel du même ton bien sûr, dans lesquelles les personnalités politiques au pouvoir dans notre pays à cette époque se noient littéralement dans de longs silences assourdissants, seulement peuplés de fantôme… Des pages absolument édifiantes et qui font froid dans le dos tant le cynisme ou la raison d’État dégoulinent de mauvaise foi et de faux-semblants pour tenter de justifier devant l’opinion publique l’inacceptable de la non-ingérence devant ces tueries de masse… « 8000 tués par jour en moyenne, soit une productivité deux fois supérieure à la solution finale nazie de Treblinka »… avec en point d’orgue Bisesero, ses fosses communes et le désespoir des quelques rescapés devant un détachement de l’armée française, lequel sans ordre précis, les abandonne pour quelques jours supplémentaires à la cruauté de leurs tortionnaires… L’index que l’on trouve à la fin du livre récapitule tous les acteurs de cette terrible histoire… comme une fenêtre ouverte sur l’avenir…ni oubli, ni malédiction… « La mémoire d’un génocide est une mémoire paradoxale: plus le temps passe moins on l’oublie » écrit en avant-propos Boubacar Boris Diop, dramaturge sénégalais lequel a participé avec dix autres écrivains africains à un projet d’écriture sur le sujet … Une B.D. en tous points remarquable.

 

Publicités
Cet article, publié dans B.D., est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s