Riace de cœur

Riace, un petit village de moins de 1000 âmes, en bord de mer, au fin fond de la Calabre se mourrait doucement sous le soleil… Il n’abritait plus que les anciens, tous les jeunes ayant émigré vers les grandes villes, le nord industriel ou l’étranger pour trouver du travail. Les maisons étaient pour beaucoup à l’abandon, les rares petites boutiques fermaient les unes après les autres, l’école avait disparu faute d’enfants en âge scolaire. Jusqu’à ce jour de 1998 qui voit échouer sur la plage un bateau chargé de 200 réfugiés kurdes fuyant la guerre… Spontanément les habitants vont leur venir en aide sous l’impulsion d’un maire chaleureux, imaginatif et débordant de générosité, Domenico Lucano, lequel multiplie les initiatives pour permettre aux nouveaux arrivants non seulement de s’intégrer dans de bonnes conditions mais aussi de retisser du lien social… et depuis la vie est revenue dans le bourg. La population a plus que doublé. Plus de 6000 immigrés y sont passés, plusieurs y ont pris racine comme ce charpentier qui s’affaire toujours pour rénover les bâtisses. De l’institutrice qui se démène pour donner des bases d’italien à tous jusqu’à leur apprendre les paroles de l’hymne de leur pays d’accueil qu’ils chantent régulièrement, au curé qui les invite à prier à l’office du dimanche dans son propre dialecte afghan, somalien… ou baptise les nouveaux-nés avec comme marraine une mamie du cru toute émue, c’est l’utopie en action que l’on voit se dérouler sous nos yeux. « Un paese di Calabria » de Shu Aiello et Catherine Catella devient une fable d’une extraordinaire vitalité, où le respect se nourrit de convivialité et de fraternité, où chacun s’essaie à donner le meilleur pour la réussite de cette petite communauté. Avec l’aide des fonds européen, la Citta futura se construit chaque jour, chaque nouvel arrivant, et il en arrive toujours de nouveaux, se voit proposer pendant deux ans, un toit, des cours de langue, des activés, autrement dit se forge les outils indispensables pour devenir acteur de sa nouvelle vie. On est très loin des aventures picaresques et caricaturales de Peppone et Don Camillo… Ici, chacun s’implique dans ce projet insensé devenu réalité qui commence à se développer dans d’autres patelins alentour, et ce malgré les tentatives d’intimation de la mafia locale, la Ndrangheta, laquelle ne prospère jamais autant que sur la misère et le désespoir… En voix off, tout au long du film, pour faire écho à ce défi collectif, on entend le récit particulièrement émouvant de son propre exil d’une vieille grand-mère. Le film s’achève sur la réélection, fêtée comme il se doit, pour un troisième mandat de son maire emblématique avec en fond sonore les paroles de Bella Ciao.         Une belle leçon d’humanité. Le film est encore à l’affiche cette semaine à Cap cinéma.

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