Cluedo

Agatha Christie au meilleur de sa forme, comme on la connaît et comme on l’aime. Un lieu isolé et coupé du monde où se retrouve toute une galerie de personnages plus suspects les uns que les autres, tant tous, de prés ou de loin, semblent impliqués dans un meurtre encore inexpliqué aussi mystérieux qu’ambigu, un huis clos nimbé d’ambiance très classe dans tous les sens du terme… sans surprise donc mais toujours aussi séduisant pour faire fonctionner ses neurones et transformer tout un chacun en clone de Miss Marple ou Hercule Poirot. «La souricière» est vraiment un modèle du genre, pas étonnant que cette pièce détienne ainsi le record du plus grand nombre de représentations consécutives au monde depuis sa création en 1952 et accessoirement alimente chaque jour un peu plus la fortune des descendants de la dramaturge. Philippe Juveneton et la Troupe de Lusine en donne une version très classique: longue exposition des différents protagonistes dans un premier temps, arrivée de l’officier de police ensuite qui passe tout le monde sur le grill et enfin dénouement final forcément imprévisible… La recette est immuable mais ça marche toujours car tous les spectateurs sont friands du genre. Les acteurs s’en donnent à cœur joie dans l’excentricité décalée, dissimulant ici des secrets de famille inavouables, là des blessures cachées, ailleurs encore d’improbables usurpations d’identité… les ingrédients habituels d’une excellente intrigue policière retorse où rien n’est jamais acquis, les indices et les pistes s’accumulant pour épaissir à souhait une énigme à tiroirs, tout cela offre aux comédiens une large palette pour s’exprimer et régaler le public qui n’en attend pas moins. Le décor simple mais de bon goût, les costumes du dernier chic avec mention spéciale au kilt délicieusement kitch ou la coiffure improbable du dandy farfelu, la préciosité du phrasé de la juge ou l’onctuosité chafouine de la maîtresse de maison, tout participe de ce climat suranné mais so british, signature des chefs d’œuvre de l’auteur. Certes, certains moments se traînent un peu, mais c’est bien la seule réserve que l’on peut avoir car pour instiller le doute et alimenter le suspens en permanence toute la troupe est à féliciter.                               Un spectacle incontestablement réussi où le passé trouble des uns résonne du machiavélisme des autres. En tournée très prochainement à Rodez au théâtre du Chariot puis en mai à Saint Christophe.

 

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