Fées et gestes

« Cendrillon » l’adaptation sucre d’orge de Walt Disney  au moins, tout le monde l’a déjà vue et probablement revue plusieurs fois, le conte version Charles Perrault ou les Frères Grimm peut être a-t-il été lu moins souvent, en fait peu importe car réécrit par Joël Pommerat c’est à la fois dans la même veine mais totalement décalé. On y retrouve les personnages tous revus et corrigés: en premier lieu l’héroïne devenue pour l’occasion une post adolescente dans des fringues avachies vivant sur un matelas pourri dans une cave sans fenêtre, obsédée du ménage jusqu’à en devenir maso, sa belle-mère cougar en goguette, ses presque sœurs entre bimbo scintillante et travestie décrépie, un prince charmant pleutre et maniaco-dépressif, mais aussi top of the top une fée body-buildée dans une robe à frou-frou qui aurait davantage sa place dans l’imaginaire gay friendly…du trash light servi frappé… C’est dire qu’on pulvérise allègrement les codes au canon mais avec de temps à autre des flash-backs très classiques comme ce vieux grimoire que l’on feuillette à intervalles réguliers, histoire de bien mettre chaque épisode en perspective… N’en reste pas moins toutes les problématiques inhérentes à cette histoire, de l’acceptation du deuil maternel au détachement nécessaire pour rebondir, d’une nouvelle famille non choisie dans laquelle se fondre, ou pas, au nouveau soupirant synonyme de lendemain totalement différent…dépasser les blessures du passé confrontées à un présent bien désolant pour rêver un avenir désirable, voila l’ enjeu majeur autour duquel gravitent les personnages. Pour illustrer ce texte complètement détourné – voir notamment la pantoufle perdue devenue santiag et qui n’appartient pas à celui que l’on attendait- Philippe Flahaut a fait un choix radical: celui de la dérision , de l’outrance ou de la caricature façon carnavalesque dans un décor de piste circulaire façon cirque avec musique live qui accentue chaque effet. Cette mise en scène iconoclaste est bien servie par la Compagnie Création Éphémère laquelle se régale visiblement beaucoup à dézinguer le mythe à tout va pour le plus grand plaisir du jeune public de collégiens  qui l’a vue ce matin.                                                                                           Ce même spectacle est proposé ce soir pour tous, qu’en sera-t-il du regard des adultes qui eux gardent en tête le souvenir ému des paroles déjantées de Téléphone?

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