Poubelle la vie

Un appartement quasi à l’abandon au 33 ème étage sans ascenseur d’un immeuble délabré, des murs couverts de graffiti sordides, au milieu, un vieux fauteuil sans âge, et, partout sur le sol, des restes de bouteilles d’eau en plastique abandonnées qui jonchent le sol mais aussi dans un coin des cagettes entamées de pommes… C’est l’univers dans lequel vit recluse une femme dévastée par la vie, regard vide et démarche hagarde… Pour briser cette solitude qui la ronge et la détruit chaque jour davantage, elle a placardé dans toute la ville une affiche offrant forte récompense à quiconque parviendrait à « l’intéresser, l’émouvoir et la séduire »… Après un long silence tout de rancœur et de désespérance, on sonne à sa porte… Débarque un individu au look franchement peu engageant, avec bizarrement une valise à la main, lequel se présente comme un chasseur de primes alléché par l’appât du gain… le genre inquiétant et patibulaire résumé en version wanted mort ou vivant qui hante nombre de westerns… Sauf que pour toucher le magot il faut réussir une succession d’épreuves aussi machiavéliques que vénéneuses, que les deux protagonistes se révéleront aussi mythomanes que schizophrènes, perclus de blessures mal soignées, assoiffés d’un bonheur qui les fuit comme un mirage, et pour tout dire des losers compulsifs tendances sado-masochistes sans espoir ni repère… le radeau de la méduse version affective et relationnelle, multipliant les S.O.S en parallèle, comme des balises de survie qui vont bientôt cesser d’émettre… Des vies béantes de failles et de douleurs, de manques et d’espoirs déçus qui virent à l’affrontement mortifère dans un huis clos définitivement sans issue… « Jean et Béatrice» de Carole Frechette par une troupe toulousaine était présentée hier au festival ThéâtraVallon de Marcillac par la Compagnie Histoire d’en rire, laquelle pour l’occasion porte bien mal son nom, car, de fait, ces deux quasi monologues qui ne se croisent que pour se nourrir du malheur de l’autre et mieux rebondir dans un cauchemar toujours plus glauque deviennent scénarios de vies en déshérence qui ouvrent des abîmes de néant… C’est Titanic plus le Silence des agneaux… Les deux comédiens, Cécile Bernier et Alain Dary sont excellents pour rendre palpables ces vies crépusculaires, des suicides à petit feu, modèles de miroir repoussant, ou glace sans tain révélateur de faux-semblants et d’indifférence coupable envers autrui ???  Dépressifs s’abstenir.

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