Lost

telechargementUn pari osé, une vraie gageure que de « résumer » un drame shakespearien foisonnant avec moult personnages et de longue durée, le plus souvent représenté tout en excès et en démesure, entre bruit et fureur, en un monologue recentré sur le seul Prince de Danemark souvent perdu dans la pénombre, errant dans de longues déambulations erratiques sur une scène dépouillée, névrosé et perclus de remords autant que de désespoir, mais toujours avec un ton mi sarcastique mi fanfaron. Pas du tout dupe ni de la théâtralité  du rôle ni de la mise en abîme qu’il s’impose, Franck Watrin avec ce bref solo «Hamlet», d’une quarantaine de minutes seulement, choisit une interprétation aussi ambiguë que possible jouant autant de la souffrance maîtrisée que de la folie hallucinée, un dédoublement de personnalité qui le voit peu à peu se dissoudre dans une obscurité faussement réconfortante, toute de doutes et d’interrogations existentielles sur son histoire personnelle et ses rapports plus que complexes avec ses proches. Pour rendre ce drame de l’intime perceptible, c’est sans décor, quasiment sans accessoire et vêtu de noir de pied en cap, les cheveux en tous sens et les yeux en quête perpétuelle, que le comédien/metteur en scène se produit devant nous. C’est donc une version minimaliste et « spectrale » qui nous est donnée à voir soutenue seulement par quelques notes de musique aussi obsessionnelles que monochromes, une silhouette filiforme souvent hagarde, un fantôme suicidaire tout en schizophrénie et démence dont le ton de voix hésite en permanence entre hurlements rageurs et confessions à mi-voix pour nous prendre à témoin de la douleur qui le ronge, le tout balayé par les lueurs blafardes de deux rangées de projecteurs installées perpendiculairement aux spectateurs voire plus simplement encore à la seule clarté d’une fragile bougie pour envelopper d’un halo de mystère ce héros mythique « esclave de ses passions ». Un personnage hanté toujours proche du gouffre, aussi fascinant que dérisoire, prisonnier d’un destin funeste dont il ne voit pas d’issue…        Des intentions que l’artiste explique volontiers à la fin de ce spectacle proposé hier soir à la M.J.C. de Rodez mais qui peuvent dérouter d’aucuns tant cette version est aux antipodes de nos souvenirs et des représentations plus traditionnelles que l’on connaît.

 

 

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Lost

  1. MGV dit :

    Belle intention de l’artiste, en effet, dommage que le niveau sonore n’ait pas été à la hauteur! Dans tous les sens du mot.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s