U.S. go home

telechargementLes boys sont de retour de mission en Irak ou en Afghanistan et, pour les accueillir, les familles et leurs proches sont tous là. Nous sommes en Californie, à Twentynine Palms, une petite bourgade américaine dans le désert Mojave. Des maisons simples alignées le long de la route principale, quelques commerces comme une station-service, un fast-food, une boite de nuit laquelle fait aussi office de karaoké à ses heures, une laverie automatique, un salon de coiffure ou un tatoueur, sans oublier évidemment l’église où l’on se presse chaque semaine pour écouter autant le sermon religieux que pour ne rien manquer des faits et gestes de tout un chacun. Une ville de garnison écrasée par le soleil qui suinte l’ennui où ces jeunes soldats tuent le temps entre permissions et entraînements, en famille, avec des frères d’armes ou solitaires en alignant les bières pour enfouir au plus profond, à défaut de les évacuer, traumatismes et mal-être. Avec «Killing time: entre deux fronts » projeté hier en fin d’après-midi à la médiathèque de Rodez,  la réalisatrice Lydie Wisshaupt-Claudel réussit à rendre palpable cette inadaptation au quotidien, ce retour impossible à la vie civile « normale », hantés qu’ils sont par les horreurs qu’ils ont côtoyées au plus près mais aussi par la silhouette tentaculaire de l’armée dans l’imaginaire américain. L’omniprésence des drapeaux, le mythe de la toute puissance de la nation, les hommages aux vétérans ( même si nombre de ceux-ci, dès qu’ils ont quitté l’uniforme, finissent leurs vies abandonnés sans ressources ou comme SDF dans la misère et le désespoir), tout pour leur rappeler en permanence combien ils sont prisonniers de leurs propres histoires, que l’on ne sort jamais indemne de ces guerres lointaines où l’Oncle Sam a voulu laissé trace de son pouvoir. Chaque longue séquence qui suit au plus près chacun de ces Marines illustre paradoxalement par sa banalité ou sa récurrence combien ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, pantins dérisoires ballottés par les ordres et contre-ordres de leur hiérarchie, devenus quasiment étrangers à leur propres vie ou à leurs destins. Les combats absents à l’écran mais qui les obsèdent à jamais  sont une plaie béante impossible à cicatriser.                                                                     Un documentaire âpre et dépouillé, Grand Prix du Cinéma du Réel 2015, qui donne à voir une autre image de l’Amérique, sa face cachée, bien loin du glamour des blockbusters d’Hollywood.

 

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