À pas contés

telechargement-1Ce conte du Chaperon Rouge, tout d’innocence et de fragilité, aux prises avec le loup aux dents acérées, tout le monde connaît… Aujourd’hui à la M.J.C. de Rodez c’est une version dansée intitulée «Suites curieuses » que propose la Cie Cas Public venue du Québec, laquelle enchaîne plusieurs séances pour les scolaires en journée et ce soir pour tout public.Une histoire entre souvenirs d’enfance forcément sublimés et transposition plus psychanalytique, entre Éros et Thanatos, où le rouge désir ne vibre jamais autant qu’en symbiose du noir funèbre… Un spectacle pluridisciplinaire qui s’ouvre et se clôt avec des séquences d’un film d’animation où les deux personnages sont à la fois raccord avec notre imaginaire et légèrement décalés, où l’animalité primitive se dissout très vite dans une approche beaucoup plus apprivoisée, où l’insouciance de la jeunesse s’évanouit tout aussi vite en parallèle pour devenir une joute plus en complicité qu’en affrontements… C’est d’autant plus troublant que la ballerine qui incarne le Chaperon Rouge nous la joue très femme fatale et que le prédateur n’est pas d’un seul bloc mais, dilué en trois danseurs, il n’en devient que plus inquiétant/attirant, ambigu autant que séduisant, sulfureux mais tellement alléchant. Pour rajouter à l’incertitude qui plane, personne n’est tout à fait conforme à son image, ce qui entretient une atmosphère à la fois machiavélique, incandescente et crépusculaire. Les rails d’un train électrique venu de notre enfance enferment les quatre protagonistes dans un espace très resserré, voire davantage encore car divisé par des lumières tamisées omniprésentes, d’où des chorégraphies toutes en arabesques, lesquelles se doivent de jongler avec ces contraintes autant que s’en affranchir. On joue ainsi clairement sur les limites de ce couple éminemment paradoxal, aussi ensorcelant que pervers… Tantôt très équivoques, tantôt plus délibérément sensuelles, les relations qui se nouent sous nos yeux ouvrent des abîmes de complexité que les comptines enfantines, les facéties des uns ou des autres, ou les faux nez bien en évidence tels des clowns burlesques, s’emploient à démythifier. Le décor très astucieux, constamment évolutif, enveloppe ces bad boys et cette diva mystérieuse d’un voile vénéneux qui ne manque pas d’interroger chacun sur sa propre identité. Magnifiquement interprété, tout en fluidité lascive ou intrigante, sur une bande son très élaborée, ce classique totalement revisité n’en est que plus fascinant.

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