Eau rage, eau désespoir

telechargementUn spectacle hors norme, hier à la M.J.C. de Rodez, original et bourré d’humour, voilà comment résumer cette adaptation complètement iconoclaste d’un classique intemporel dont on savoure chaque instant avec malice et gourmandise. Pour bien apprécier « L’Avare »dans cette version en tournée depuis quelques années déjà, proposée par la Cie Tàbola Rassa, une troupe installée à Séverac le Château, vos souvenirs scolaires et ses répliques cultes seront autant de petits cailloux blancs immuables bousculés par un torrent de délires tant visuels que linguistiques. Car tout y est … ou presque… sauf qu’en lieu et place d’or et de ces personnages emblématiques, apparaissent sur scène des marionnettes bâties autour de robinets en tous genres, cuivre, chrome, mitigeur, flexible etc … à faire se pâmer Saint Éloi patron des plombiers lui-même. Toutes sont habillées de vieux oripeaux comme pour Harpagon ou plus mode pour les autres, et le bien précieux qui les rend fous ou plus magnanimes c’est l’eau qu’il faut économiser aujourd’hui, pour mieux la préserver demain… Cette transposition astucieuse en diable ouvre alors d’extraordinaires perspectives politiques et environnementales avec derrière force calembours et jeux de mots tout en finesse des réflexions de première importance. On peut y lire en filigrane aussi bien la crise des ressources naturelles, la question des réfugiés climatiques voire même des conflits enlisés depuis des décennies au Moyen Orient par exemple… Pour rendre incroyablement vivante et efficace cette pièce impérissable, les deux comédiens se démultiplient et enchaînent trouvailles, facéties, anachronismes ou apartés plus farfelus et déjantés les uns que les autres dans lesquels on barbote, on plonge ou on se noie avec un immense plaisir. Claire comme de l’eau de roche, l’intrigue devient toujours plus limpide jusqu’au dénouement final où tous les tourtereaux assoiffés d’amour se déclarent enfin et se préparent à voguer ensemble vers l’avenir… D’apparence loufoque et jouée sur un ton burlesque et pétillant, cette comédie devient parabole écologique existentielle où chaque détail, chaque tirade met toujours plus l’eau à la bouche du spectateur lequel n’en perd pas une goutte.               Une histoire d’amour et d’eau fraîche brillantissime et débordante d’énergie dans laquelle  on s’immerge avec bonheur.

 

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3 commentaires pour Eau rage, eau désespoir

  1. Refregiers dit :

    Bonsoir,
    je partage entièrement la présentation et l’analyse!
    Un morceau de bravoure pour les deux artistes et une interprétation qui mérite de devenir un classique.

  2. Nadine Bruel dit :

    Merci mille fois Merci pour chaque fois tes chroniques et synthèses plus qu’appropriées, remarquables et remarquées 🌻 Et Merde je l’ai loupé celle-là 😬
    Pourrais-tu m’envoyer ton lien ? Afin que je suive tes « périgée inaction  » ou que, mieux, je les anticipent 🙏 Bien à Toi, Nadine Bruel – CA de Là MJC Rodez –
    Au plaisir de te lire 😘

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