Cycle infernal

telechargement-1Elle n’est pas née sous une bonne étoile, c’est le moins qu’on puisse dire, puisqu’elle a vu le jour en prison où sa mère était incarcérée, et qu’elle porte à jamais le prénom de ce lieu funeste. La pièce de Evan Placey, auteur canadien anglophone « Holloway Jones » présentée dans le cadre de Novado mais décentralisée pour l’occasion à la Baleine est un texte tout en clair-obscur et en paradoxes, qui colle parfaitement à l’image de son héroïne toujours en équilibre précaire, cabossée par la vie, façonnée par d’ incertaines rencontres mais animée d’une énergie essentielle, celle de se battre pour atteindre son rêve, s’affirmer et devenir quelqu’un. Une volonté de toujours rebondir malgré les difficultés auxquelles elle se heurte, trébuchant souvent, se redressant invariablement, pour toujours avancer et se dépasser, tendue vers son but ultime. Un BMX offert par une des familles d’accueil où elle a échoué au gré des services sociaux, devient pour elle une chance, la clé d’un avenir moins aléatoire. Repérée par hasard par un entraîneur bienveillant qui l’encourage et lui donne de l’ambition,-une possible sélection dans l’’équipe olympique qui se prépare-, elle va accomplir sa métamorphose existentielle. D’ ignorée depuis toujours, moquée ou raillée par son entourage, et jusqu’à ses adversaires en compétition, car elle court sur du matériel ou vétuste ou inadapté, sans équipement adéquat etc … pour tout dire le vilain petit canard venu s’ébrouer dans la mare où on ne l’attend pas, elle devra redoubler d’efforts pour saisir sa chance, vaincre ce déterminisme poisseux qui lui colle à la peau, changer les regards sur elle, et, in fine, être reconnue pour sa vraie personnalité. Sa part d’ombre, ses doutes, sa confiance vacillante parfois, des soutiens inattendus ou au contraire qui s’évanouissent, c’est ce parcours désordonné voire chaotique que souligne une scénographie complexe qui démultiplie effets visuels, sonores ou techniques pour traduire la fragilité intérieure du personnage qui doit toujours se justifier face à un milieu souvent oppressant voire carrément hostile, peuplé de matons, de flics et de petits voyous. Cette histoire construite sur les failles intimes face à un destin trop tracé dont on veut/doit s’extirper, la Compagnie Ariadne a choisi pour en illustrer toute l’ambiguïté autant le pari de la modernité que de l’inscrire dans la tradition de la tragédie classique, par la présence récurrente de chœurs par exemple. Un défi ambitieux.

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