To love or not to love

telechargement-2De trop longs exposés qui ont souvent la fâcheuse tendance à endormir un auditoire résigné mais poli, des cours plus ou moins réussis sur la vie ou l’œuvre de tel auteur, des pièces classiques incontournables que l’on doit obligatoirement avoir lu pendant sa scolarité… voilà pour beaucoup les premiers souvenirs que l’on a du théâtre… Rien de tout cela avec l’adaptation aussi délirante que jouissive que propose la troupe normande du Théâtre des Crescite avec «Mon royaume pour un cheval », une variation ébouriffante de malice autour de «Roméo and Juliet» qui nous offre aussi en prime des digressions aussi farfelues que frappadingues sur Shakespeare ou le contexte historique et social de son époque, que des apparitions chimériques inattendues de Lady Mac Beth, du Roi Lear ou Hamlet himself. Quasiment ni costumes, si ce n’est un code couleur hautement symbolique, rouge Capulet, blanc Montaigu et présence systématique de touches de noir- on connaît tous l’issue dramatique qui attend ces deux jeunes amants de Vérone-, ni décor, mais avec une foule d’accessoires toujours plus improbables, on a droit à un spectacle hors norme où trois comédiens se démultiplient à souhait pour faire vivre cette fresque passionnelle toujours aussi émouvante. Une forme inventive avec force impromptus, interjections façon didascalies en anglais of course et autres interruptions décalées pour sans cesse remettre cette tragédie en perspective, autant d’atouts pour dévoiler une vision de ce texte beaucoup plus subtile, un regard nouveau pour célébrer différemment probablement deux des héros parmi les plus illustres non seulement de la littérature mais aussi de notre imaginaire collectif. Une bluette intemporelle susurrée par Dalida, le générique de la 20th Century Fox et autres anachronismes volontaires soulignent ainsi paradoxalement, avec un clin d’œil complice, l’universalité et la modernité toujours très actuelle de cette histoire douloureuse et intime. L’amour inconditionnel qui ne va pas de soi, sa démesure fusionnelle et charnelle contrariée, sa dimension tragique parce que dévorante, la sensualité implicite qui se heurte aux préjugés de la bienséance, tout cela n’est pas sans écho avec notre époque.           Cette version iconoclaste et sa mise en scène pétillante par Angelo Jossec est une alchimie réussie de plaisir et d’intelligence qui donne la pêche. Une ouverture excellente pour inaugurer  la troisième édition du Festival Novado.

 

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