Faites entrer la victime

téléchargementC’est une histoire rocambolesque à souhait laquelle demeure deux siècles plus tard toujours irrésolue et pourtant ce n’est pas faute d’avoir enflammé son époque avec un retentissement qui dépassa même les frontières au point d’en faire une des toutes premières affaires entre assassinat crapuleux et règlement de comptes politiques à laquelle la presse donna cet écho prodigieux. Au centre: une personnalité pour le moins ambiguë, procureur de son état, qui ne se cache pas d’amitiés haut placées, un caméléon opportuniste qui s’est accommodé de tous les régimes et toujours prompt à servir le pouvoir quel qu’il soit, Antoine Bernardin Fualdès, mais une fin tragique, égorgé et jeté quasi exsangue du pont de Layoule pour être retrouvé ensuite enveloppé dans un sac flottant au fil de l’Aveyron. Une énigme criminelle qui fera date et passionnera toutes les gazettes de France, tenant les lecteurs en haleine, des écrivains de renom tels Victor Hugo, Flaubert ou Gaston Leroux y faisant aussi référence dans quelques-unes de leurs œuvres… «Qui a tué Fualdès?» le spectacle présenté place Foch n’ a pas la prétention d’élucider cette intrigue ténébreuse, c’est sur un scénario extrêmement bien documenté de Paul Astruc une reconstitution soignée de l’affaire depuis sa genèse jusqu’aux procès qui expédièrent à l’échafaud certains accusés, d’autres condamnés à perpétuité etc…Un maître de cérémonie sert ainsi de fil à rouge à une enquête qui se déroule sous les yeux du public pris à témoin, nous plongeant dans l’ambiance de «ce fait divers sordide», où pullulent « les suspects à défaut de coupables » et où se croisent « gros poissons et menu fretin ». Des séquences vidéo, des images projetées en arrière-plan pour situer les différents lieux, et, sur scène, une quarantaine d’acteurs redonnent vie à ce moment fort de l’Histoire de Rodez, le tout soutenu par des musiques en parfaite adéquation. Au prétoire ou auprès des lavandières, images d’époque en incrustation, costumes magnifiques du plus bel effet, les scènes rebondissent pour se terminer par une farandole haute en couleurs et en émotions. Des personnages bien campés, un récit où se mêlent passions humaines et jalousies sur terreau politique mouvant, du rythme homérique avec son lot de rebondissements… tout concourt à faire de cette fresque un spectacle de grande qualité. Une réserve cependant: l’usage du play-back qui tend à rendre toutes les voix aseptisées, à donner le sentiment parfois d’un doublage désynchronisé, transforme les acteurs en simples figurants et in fine ralentit cette chronique d’un crime hors norme…                                         Ce spectacle épique mis en scène par Laurent Cornic qui se joue jusqu’à samedi prochain à guichets fermés illustre à merveille une réplique culte d’un film de John Ford: «Si la légende dépasse la réalité, imprimez la légende ».

 

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Un commentaire pour Faites entrer la victime

  1. Votre serviteur dit :

    Plutôt habitué à un regard éclairé et moins malveillant qu’exigeant quant à la chose artistique – il est question là de probité artistique et la notion s’étend de la qualité (acception vaste j’en conviens !) de la mise en scène au jeu d’acteur en passant par la scénographie, l’éclairage, la musique, etc. – de la part de Jean Dessorty, je m’interroge sérieusement à la découverte de cette chronique.
    Si tous les publics coexistent et le doivent, l’art, oserais-je, par là et en l’occurrence le spectacle vivant doit assumer sa mission sociale et politique soit pédagogique et éducatrice. Non pas qu’il faille expliciter ses ressorts mais qu’il doit avoir le souci constant d’élever un tant soit peu les finesses de perception, l’implication nécessaire du spectateur dans ce qui lui est donné (je passe volontairement sur le mot tarifé) à percevoir, ressentir et peut-être, je le souhaite, penser et ainsi accéder à cette épiphanie légitime.
    La mission de l’art populaire aussi se situe là. Jean Vilar, animé par de belles valeurs humaines n’a-t-il pas décentralisé l’événement théâtral en province, loin de l’élite Parisienne ? Une province alors peu encline à la réception d’un spectacle de théâtre et encore moins à l’accueil intellectuel ou intelligible c’est selon, d’auteurs tels Shakespeare, Büchner, Corneille, Gide, Von Kleist et j’en passe. Il se souciait lui de son peuple.
    Je ferai l’économie de mon avis détaillé au sujet de ce spectacle suranné, malheureusement muet tant il n’émeut aucunement à minima.
    Ne rajoutons pas de l’ignorance, qui plus est fate à se transformer en imposture, à une ignorance généralisée que la société a si bien généré pour son profit. Dommage pour l’accès à la « terra incognita ».
    Je saluerai tout de même l’initiative du projet, qui s’avére bien stérile, faute de compétence.
    Vive le spectacle vivant, vive le théâtre d’art qui se soucie de celui qui voit où qui en fait le voeu.

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