Point mort

téléchargement (2)Une histoire atroce, terrifiante, glaçante que ce monologue fiévreux proposé hier soir à La Menuiserie par Manuel Pratt, fruit de dix ans de correspondance avec un détenu condamné à mort aux États-Unis: Gérald, ni meilleur ni pire que ses camarades lequel va se morfondre de longues années dans l’attente de son exécution. Un type pas spécialement recommandable, coupable de meurtres, lequel raconte patiemment le lent processus de déshumanisation qui se met en oeuvre dès que franchis les murs de la prison… Il est question de petites humiliations mesquines, de menaces proférées ouvertement, de violences sans retenue, de viols sordides, rien n’est épargné aux condamnés qui ne sont plus que des zombies errants que l’on exploite et abuse à chaque instant. Seul sur une chaise, vêtu de l’incontournable combinaison orange, il nous prend à témoin d’un système implacable, méticuleux et destructeur dont il détaille avec précision chaque insulte, chaque vulgarité jusqu’à l’obscène, chaque douleur au plus profond de soi. «Couloir de la mort» c’est un implacable réquisitoire contre la peine de mort made in U.S.A. ou ailleurs, une réflexion sur «ce châtiment qu’il faut mériter» en bonne santé bien sûr pour en apprécier chaque instant, où l’ignominie le dispute à la cruauté, où l’on ne sait plus qui du détenu ou de l’administration pénitentiaire est le plus condamnable, où le désespoir s’impose chaque jour plus insidieusement, où la folie submerge la conscience… De ces mots souvent insoutenables, le comédien s’en empare pour nous les transmettre avec une force absolument incroyable. Tantôt vomis tantôt apaisés, ils résonnent longtemps dans chaque spectateur sidéré devant un tel chapelet d’ atrocités plus invraisemblables les unes que les autres… le crépuscule de l’humanité… De la fouille au corps dégradante du nouvel arrivant, au passage dans le bâtiment définitif, de codétenus agissant comme des fauves aux matons plus ou moins complices, c’est cet univers où règne la loi de la jungle qui envahit le public abasourdi par cette litanie de l’indicible comme les longues minutes d’agonie où le corps traversé par un courant de 16 000 volts se révulse et «grille comme un poulet ». Gérald, à qui l’auteur a pu rendre visite dans sa cellule et obtenir son accord pour rendre publics ces échanges par courrier interposé, sera exécuté in fine le 17 juin 2007.                                                                                   Il faut toujours garder en mémoire que les U.S.A. figurent comme une des dernières démocraties où la peine de mort est encore en vigueur dans 31 des 50 états et que ce pays figure dans la liste de ceux qui, en 2015, ont le plus pratiqué d’exécutions aux cotés de l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Pakistan ou la Chine… macabre palmarès!

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