Pour l’exemple

téléchargement (1)Une pièce implacable, un texte poignant et chaleureux inspiré de faits réels, une interprétation sereine, autant dire que «Tranchées» résonne longtemps dans la mémoire. Manuel Pratt s’attaque à un sujet douloureux que l’Histoire officielle essaie toujours de passer sous silence, 100 ans après Verdun. La preuve, l’année dernière encore, le 19 juin très précisément, le Sénat repassé à droite, a repoussé sine die une proposition de loi de réhabilitation collective des fusillés pour l’exemple de la guerre 1914/1918. Car c’est en effet le thème de ce spectacle à deux voix, que l’auteur jouait hier à La Menuiserie avec son camarade Jean-Marc Santini. Sur scène, aucun décor, assis sur deux chaises face au public, d’une voix tranquille, ils égrènent de petites histoires individuelles de ces fantassins envoyés au front: la terreur qui les hantent quand il faut essuyer le feu de l’ennemi, la camaraderie dans l’adversité, les souvenirs de la famille, sa femme, ses enfants que l’on ne reverra peut être jamais, les permissions qu’on leur fait miroiter souvent en vain, l’obstination folle des gradés qui les envoient sciemment se faire trouer la peau… des instants bruissants de vie qui teintent de nostalgie douce ces chroniques simplement humaines de soldats qui progressivement diront non. Non à l’acharnement stupide, aux ordres et contre-ordres de la hiérarchie en mal de notoriété, des prises de position d’hommes lucides, ni déserteurs ni mutins, mais qui refusent courageusement la boucherie gratuite… En parallèle, se rencontrent un général très vieille France, tout de certitude et de morgue et un ancien poilu qui porte dans sa chair les nombreuses blessures subies. Devenu journaliste celui-ci veut en savoir plus sur les quatre fusillés de Flirey … Parodie de justice et exécution sommaire contre enquête minutieuse, mauvaise foi éhontée face à des preuves accablantes, tout y est pour démonter l’argumentation abjecte déroulée pour justifier une stratégie indéfendable. Si l’ un trinque «à la victoire», l’autre lui répond «aux hommes», l’un évoque l’ordre coûte que coûte face à la désobéissance forcément révolutionnaire, le second rétorque sang des copains plus que gloriole ou médaille…La logique militaire désincarnée pour qui les vies humaines, en particulier, au hasard, celles des régiments de tirailleurs sénégalais, ne pèse pas grand-chose face aux hommes de troupe confrontés aux horreurs du quotidien! « L’Histoire n’aime pas ceux qui nagent à contre-courant» devient le justificatif ultime de la censure, du mensonge et de l’escroquerie des privilégiés. Une analyse politique sans concession d’un pan de notre mémoire qui prolonge aussi bien la «Chanson de Craonne» que « Les sentiers de la gloire» ce film de Stanley Kubrick, qui restera invisible dans notre pays pendant dix huit ans.                                                                                                                               On reverra ce soir à 20 h 30 même lieu, Manuel Pratt toujours invité par l’Association Artaud dans une autre de ses créations « Couloir de la mort », fruit d’une correspondance de dix ans avec un condamné aux États-Unis.

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