Welcome in absurdie

téléchargement (2)C’était une conclusion en apothéose, brillante et déjantée que « La Cantatrice chauve» d’Eugène Ionesco, largement revue et corrigée par la Compagnie Moi Non Plus venue de Bordeaux. Lauréate l’année dernière du Prix de la ville d’Onet, la troupe a bénéficié en janvier d’une semaine de résidence à La Baleine, période durant laquelle les comédiens ont travaillé et peaufiné dans ses moindres détails cette nouvelle création. Un spectacle décapant et inventif qui renouvelle complètement cette pièce modèle de « théâtre abstrait » où le non-sens rebondit en aphorismes farfelus, où les réflexions ex nihilo tiennent lieu de credo, où l’illogisme est la règle et l’argumentation l’exception. Entre loft aseptisé et science fiction high tech, dans ce décor épuré, détonnent autant un immense poster de Sylvie Vartan qu’une collection de pendules plus invraisemblables les unes que les autres. Seulement deux modèles de costumes, robe blanche liserés et bandes noires pour elles, bermudas tenus par des bretelles et chemises qui lorgnent vers Alice au pays des merveilles pour eux, les personnages démultipliés comme des clones vont ainsi pendant tout le spectacle s’en donner à cœur joie. Folie douce et invraisemblance, contradiction et syllogisme, on tutoie des summums d’absurde déjanté, où la futilité rebondit dans l’aberration apparente, les non-raisonnements s’enchaînent pour un tourbillon absolument délicieux. La mise en scène de Laurent Eyllier toute de fluidité souligne avec justesse ce côté délirant totalement assumé. Les choix de certaines mélodies de l’idole yé-yé, des chorégraphies bizarroïdes, ou l’utilisation frappadingue de ces Barbies regroupées en bouquet dans un seau à champagne sont autant d’options irrésistiblement insensées qui impriment une indéniable touche de fraîcheur et de modernité. On bascule dans l’ailleurs indéfinissable mais d’une implacable cohérence. La scène finale, mélange de chant tribal initiatique et d’invraisemblable mêlée ouverte, prolonge au-delà du baisser de rideau, cet hymne à l’incommunicabilité devenu une référence du genre. « C’est pas par là, c’est par ici », cette réplique psalmodiée en boucle symbolise à merveille ce labyrinthe existentiel dans lequel chacun se trouve enfermé… Un bijou brillant de mille feux…. à damner le capitaine des pompiers lui-même.

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