Ding, din-don

téléchargementMonter une pièce de Feydeau à l’heure actuelle relève du pari, car, franchement, ces chassés-croisés d’amants en goguette, de maris volages et autres épouses qui hésitent entre pâmoison, ravissement et vertu effarouchée, ça date et on a vite fait de décrocher, pour tout dire on ne s’y intéresse guère car on connaît tellement les ficelles du genre. La Compagnie Les Coulisses de Maison Forte qui présentait samedi à La Baleine « Le dindon » dans une énième version se devait de faire preuve d’originalité, de tonus et de pep’s pour tenter de renouveler un vaudeville bien vieillot. Réussir à donner de l’épaisseur à ces personnages mièvres et convenus est une heureuse surprise. Costumes belle époque particulièrement soignés et décor astucieux, comédiens très volubiles qui vibrionnent, piaillent et gloussent à bon escient, aussi homogènes que très complices, mise en scène pétillante joyeusement rythmée par une sonnerie de cloche qui donne le la, de la fraîcheur et de la vitesse pour rebondir sans cesse et relancer l’intérêt du spectateur, c’est incontestablement la bonne formule. D’excellentes trouvailles comme ces arrêts sur image dans ou hors cadre, des intonations de voix toutes en modulation pour exprimer surprise ou stratagème notamment, transforment ces quiproquos surannés en mouvements de poursuite pendulaire quasi en apesanteur, et donc, vertu du paradoxe, ces instants figés relancent au mieux cette intrigue désuète. Le plaisir évident des comédiens devient rapidement contagieux et l’on oublie très vite ce coté eau de rose dégoulinant de conformisme pour glisser dans la fantaisie assumée, virevoltante et presque jubilatoire. Que cette troupe de la région lyonnaise ait été primée par le Festival de théâtre amateur d’ Onet n’est qu’une juste récompense pour son spectacle vraiment inspiré où autant les cocottes, les bourgeoises vaniteuses que « les amants artistes de l’amour… ou les maris ronds de cuir » bruissent de fragilité humaine. Leur exubérance et leur émotion en recevant le prix résonnaient des mêmes élégance et énergie qu’ils avaient déployées préalablement sur la scène. On a hâte de les revoir dans un registre plus moderne.

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