Bled runners

téléchargement (1)Au rythme d’un spectacle par an c’est la troisième fois que la Compagnie Accrorap se produisait sur le grand Rodez. Hier la Baleine faisait une fois encore salle comble, n’en déplaise à monsieur le maire d’Onet toujours aux abonnés absents, avec leur dernière création en date «Douar», un terme qui, originellement, signifie un campement nomade tout particulièrement au Maghreb. Ce spectacle poignant, où la douleur se fait pudique, va bien au-delà de la simple performance chorégraphique, c’est un modèle d’intelligence qui touche le cœur de chacun. D’une réflexion subtile et très aboutie qui parle de racines, d’exil, d’identités, la troupe survoltée en fait un message de respect, d’espoir et de fraternité… Se mêlent ainsi au hasard des tableaux ou des figures incroyables en perpétuelle évolution, acrobaties, prouesses de break danse ou de hip hop, variations de derviches ou théâtre de rues, des images de tolérance, de partage et de profonde solidarité. On court beaucoup sur la scène, avec les autres ou à leur poursuite, on s’y cherche ou on s’apprivoise, en quête d’autres ailleurs forcément idéalisés… Ce qui nous pousse ainsi à vouloir ou devoir partir mais aussi ce qui nous retient, ces instants qui hésitent entre un avenir à inventer et la mémoire du passé, cette logique ambiguë de l’exode qui s’impose… Des mouvements de groupe d’une extrême complicité font écho aux interrogations individuelles qu’exprime chaque danseur, à la fluidité du groupe répondent des moments en solo époustouflants de virtuosité, de maîtrise technique ou de défi physique. C’est aussi puissant que sensuel, envoûtant que fulgurant, harmonieux que délicat, chacun y déroule son histoire dans ce qu’elle a de plus intime en résonance absolue avec celle de la troupe, une alchimie incroyablement réussie qui mêle destins individuels et force collective, entre rêve et réalité…un no mans’ land du tout est possible mais fragile et incertain. Quand on voit chaque artiste prendre son baluchon dérisoire version Tati barré de grosses bandes adhésives, c’est à la tragédie des migrants de Calais que chaque spectateur se confronte. On retiendra aussi la séquence où seuls au milieu de l’obscurité apparaissent des portraits symboliques derrière lesquels on se regroupe… On pense inévitablement à ces grandes manifestations en hommage à tous les « disparus » des dictatures sanglantes, où la population rassemblée qui défile y célèbre autant le souvenir que la détermination et le combat nécessaires…                                           Kader Attou et ses neuf acolytes déploient tant d’énergie et de générosité que l’on a qu’une hâte les revoir au plus vite. Une soirée inoubliable et intensément magique.

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