Tout m’est ego

téléchargement (1)Des monologues aussi flamboyants que cyniques, des tirades entre lucidité et insolence, un discours enflammé où le sarcasme grinçant côtoie les arguments les plus perfides, de l’humour très second degré qui met aussi mal à l’aise que possible, le tout déclamé avec force mimiques désabusées ou provocatrices, une logique imparable qui fait la part belle aux syllogismes les plus diaboliques, repu de rhétorique langue de bois conjuguée à de la mauvaise foi revendiquée, voilà comment on pourrait qualifier « Discours à la nation », une coproduction du festival de Liège,  la pièce brillantissime présentée hier soir à la M.J.C. de Rodez. Ce texte d’Ascanio Celestini tape fort et juste, là où ça fait mal , insistant sur les contradictions, les compromis et autres petits arrangements inavouables que chacun doit arbitrer dans sa vie personnelle. Idéal sublimé ou contingences du quotidien, justifications alambiquées ou plus prosaïques, contorsions d’intellectuels rongés par le doute ou phrases désarmantes de cruauté malsaine, David Murgia est un orateur hors pair pour distiller avec l’air de ne pas y toucher pensées toutes de vanité ou pétries de bons sentiments et les enrober de malaise et de gêne. Avec un humour noir déconcertant, le silence complice ou les accords décalés d’un guitariste au look de mafioso repenti, ses différentes harangues tiennent lieu de démonstrations aussi rigoureuses que péremptoires pour justifier le pire de situations poussées jusqu’à la perversion, des moments successifs rythmés en voix off par des appels téléphoniques dégoulinants de suffisance entre un propriétaire sentencieux et un concierge exploité… Dans ce registre, une invraisemblable histoire de parapluies est un modèle du genre pour parler de domination de classe, de division du travail et justifier le pire… Un laïus démoniaque qui s’érige en parabole quasi mystique pour titiller des spectateurs subjugués devant une telle maîtrise du verbe, de l’éloquence et in fine de la manipulation induite… Magistral!!! Une analyse politique sans concession qui ne brouille les pistes que pour mieux dénoncer l’immobilisme et le laisser faire… où les mots reprennent sens- aliénation, prolétariat, conscience de classe,  etc …-où la sémantique reste un combat sans fin pour réhabiliter la dialectique et l’engagement, tout pour démonter a contrario le populisme facile de tribuns fielleux toujours prompts à réciter des slogans pernicieux à l’oreille de personnes conditionnées. On ressort d’un tel spectacle magnifique de bout en bout, où l’on croise des citations d’Antonio Gramsci ou de Jonathan Swift où sont célébrées les valeurs d’utopie et de générosité, avec de furieuses envies d’un monde de plus de justice, de solidarité et de fraternité humaine !!!                      GÉNIAL        À voir ou revoir ce soir à Millau à la Maison du Peuple.

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