Mise à prix

téléchargementÂpre, tendu, implacable et très souvent glaçant, voilà comment qualifier au mieux le documentaire présenté hier à la Médiathèque de Rodez, « Hier spracht der Preis », un film de Sabrina Jäger primé au dernier Festival du Cinéma du Réel, un rendez-vous incontournable depuis plus de 40 ans. Une célèbre chaîne de magasins de bricolage en Allemagne, Praktiker ferme définitivement à l’automne 2013, « tout doit disparaître ». La réalisatrice va ainsi suivre jour après jour, l’agonie et la fin programmées d’une de ses succursales, au travers des yeux de plusieurs de ses employés: une hôtesse de caisse, le directeur de l’enseigne locale ou une femme de ménage notamment, mais aussi un envoyé très particulier détaché par l’entreprise spécialisée dans la liquidation, venu tout droit d’Angleterre pour superviser la fermeture et le sort du personnel. Un quotidien aussi dérisoire que tragi-comique de ces employés laissés dans l’incertitude du lendemain, allocation chômage ou pas, agence de l’emploi ou reclassement éventuel où et comment, abandonnés sans aucune considération d’aucune sorte, mais priés expressément de couler avec le navire sous le regard de clients appâtés par les remises de plus en plus importantes suscitées par ce baisser de rideau…une aubaine qui les rend de plus en plus véhéments voire insupportables. Les méthodes managériales impitoyables des nouveaux dirigeants cupides font fi de la vie tant professionnelle que personnelle de leurs salariés, des vies réduites en poussière en parallèle avec cet entrepôt que les ouvriers s’activent à désosser systématiquement, réduisant peu à peu la surface de vente ou détruisant à grands coups de masse les étagères et les rayonnages. Pour accompagner cette chronique d’une mort annoncée, la réalisatrice mêle humour noir et réflexions douces-amères, logique marchande et solidarité indispensable, soupirs désabusés et fous-rires iconoclastes pour rendre toujours plus palpable ce drame social qui met en lumière l’intime de chacun. De promotions commerciales toutes de vacuité en petite musique doucereuse pour séduire jusqu’au bout le chaland, et donc in fine augmenter les bénéfices du repreneur vautour, ce documentaire distille séquences émotions et moments plus frivoles pour illustrer avec intelligence et pudeur ce qui se joue sous nos yeux. Cette sinistre fermeture pour prétexte de pure rentabilité se métamorphose alors en un modèle d’écoute à dimension humaine.                                                                         Un témoignage tout en nuances que devrait voir ou revoir la Ministre du travail avant de vouloir démanteler à tout prix, c’est le cas de le dire,  notre Code du Travail en vigueur, seul à même de protéger efficacement ceux qui en ont le plus besoin.

 

 

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