Noir et amer

oble

257450C’est un biopic, version enjolivée pour mieux souligner le contexte historique du début du XXème siècle, que le dernier film en date de Roschdy Zem inspiré d’un livre paru en 2012 « Chocolat clown nègre: l’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française ». À cette époque, pour tout le monde ou presque, les africains sont connus sous les surnoms de «Bamboula ou Chocolat» c’est donc ainsi affublé qu’un petit gamin d’origine cubaine, né esclave puis vendu à des paysans basques espagnols qui le maltraitent, débarque en Europe. Très vite, il s’échappera de la ferme, vivra de petits boulots jusqu’à ce qu’il soit repéré par un clown, lequel décèle chez lui force athlétique, sens du rythme et du déplacement, tout pour en faire son partenaire idéal dans le style cascadeur de foire. S’ensuivra ensuite une rencontre déterminante avec George Foottit, clown britannique devenu has been qui, pour se relancer aura l’idée d’associer dans un duo comique, ce qui est totalement inédit, le personnage du clown blanc autoritaire et de l’auguste noir réduit au rôle du souffre-douleur, faire-valoir qui ravit la bonne société laquelle pouffe devant les ahurissements et autres bouffonneries surjoués du « bon sauvage »… Sauf que celui-ci perçoit ce racisme insidieux qui ne le tolère qu’ainsi, veut s’en affranchir au plus vite et se rêve davantage en acteur au sens noble du terme capable de jouer du Shakespeare … C’est donc toute l’ambivalence de « Chocolat » en perpétuelle représentation tant du point de vue de la société que sur la piste ou plus tard sur la scène d’un vrai théâtre que le réalisateur met en abîme, le regard des uns nourrissant l’ambition de l’artiste et à contrario les velléités de reconnaissance de celui-ci à contre-courant de son époque le renvoyant systématiquement à son état « primitif » dont il a l’audace de vouloir s’extraire. Ce film de facture très classique explore ainsi en permanence le décalage et l’ambiguïté du rôle auquel, malgré lui, le héros se trouve réduit…la société de cette époque en est encore à célébrer l’exposition coloniale et à s’extasier devant l’exotisme de ces étranges créatures… du zoo au cirque tout est dit!!! Les deux acteurs tant Omar Sy tout en nuances derrière une musculature herculéenne que James Thierrée, petit fils de Charlot et qui lui ressemble tant dans certaines mimiques, incarnent avec finesse et subtilité les deux faces d’un clown aussi triste que désenchanté qui renvoie chacun à sa propre histoire… Humain profondément humain, tel apparaît Rafel Padilla, dont on voit quelques images réelles à la toute fin, qui ne retrouvera son vrai nom que sur sa tombe.

Publicités
Cet article, publié dans Cinéma, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s