Making-of

201602122531-fullPour qui aime le théâtre se pose toujours la question de la genèse de la pièce que l’on va voir. Quid de tel décor, telle musique, telle lumière, telle phrase chuchotée ou hurlée, en un mot de l’enjeu sous-jacent de la création, des intentions du metteur en scène, de sa vision du texte et du contexte historique, social ou politique que l’on veut souligner… Mettre en scène c’est choisir, et choisir c’est s’engager! «  Le jour de l’italienne » œuvre collective de la Compagnie Eulalie reprise par les Comédiens au Chariot dans leur Théâtre de poche de Bourran, c’est exactement cela mais bien plus encore. Être témoin, tapi dans la pénombre de l’ego surdimensionné des acteurs qui tous veulent tirer la couverture à soi, de rivalités voire de jalousies internes, les petites mains indispensables mais toujours dans l’ombre des coulisses qui s’affairent comme la costumière aux ordres, la technicienne qui s’exécute mais n’en pense pas moins. Tous sont soumis aux caprices du metteur en scène, lequel invoque à chaque instant la nécessité du souffle shakespearien, de la tragédie antique ou racinienne et jusqu’au vague à l’âme venu évidemment tout droit de Tchekhov, des discours tout en envolées lyriques, banalités tarabiscotées ou métaphysiques qui, il s’en persuade chaque jour davantage, sont le nec plus ultra de la quintessence intellectuelle bien supérieurs au tout venant du Festival d’Avignon et de la Comédie Française réunies… Quand en plus cela tourne autour d’un texte de Marivaux, L’Épreuve, la bien nommée, et « son écriture incisive et rigoureuse sur la vérité de la relation humaine » sic, que l’on invoque les mânes de Freud , Marx ou Sade, là on s’en lèche les babines de plaisir… Des comédiens enjoués et très complices qui en aparté se confient sur leurs attentes, leurs doutes et leur fragilité, les remarques intempestives, fielleuses ou carrément déjantées du deus ex machina forcément quasiment en transes surgissant régulièrement de la salle pour recadrer tout le monde, admonestant ici, cajolant là, mais toujours le ton péremptoire qui ne souffre aucune contestation… On se régale tant cette pièce n’est que gerbes de réparties brillantes, d’ intelligence des propos tenus et de répliques qui font mouche. Une mention spéciale pour la technicienne débordée toujours prompte à expliciter le jargon de théâtre et dont les tee-shirt successifs sont autant de slogans rageurs et à la metteur en scène vaporeuse et chichiteuse à souhait, entre mauvaise foi et hallucination sous acide qui transcende ces coulisses d’un spectacle en construction en un moment de haute volée. Un grand bravo à toute la troupe très homogène, tous excellent aussi bien dans le ton « sociétaire » que dans la diction accélérée pour nous combler de bonheur, sous la houlette toujours aussi inspirée de Nadège Ruby. Un vrai bijou.

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