Droits d’asile

ActCoucouIls sont tous là : « cette internationale des cerveaux fêlés  », « ces zombies… ces moutons », « les bons cinglés, les mabouls ou les tarés » , tous réunis dans  « une maison de fous entre collègues psychopathes ». Hallucinés ou perclus de tics, entre mal être et autisme, renfermés sur eux-mêmes et le regard dans le vague, ils sont réunis, assis en cercle sur des tabourets sans âge et d’une tristesse criante, autour d’une infirmière en chef autoritaire et cynique laquelle mène tout le monde à la baguette, docteur y compris. Ils traînent leur ennui dans d’interminables parties de cartes ou rêvent de construire d’hypothétiques bombes pour faire sauter ce monde dont ils sont exclus et qu’ils ne supportent plus… Jusqu’au jour ou débarque dans cet hôpital psychiatrique sclérosé un type en cavale en attente d’un diagnostic mental. Celui-ci, Patrick Mc Murphy dit Mac, se révèle de fait être un joyeux drille qui croque la vie à pleines dents, coureur de jupons, amateur de base-ball et organisateur de paris clandestins au besoin. C’est dire si l’atmosphère va changer du tout au tout, son indiscipline notoire et ses coups de gueule réguliers pour sortir ses compagnons de l’apathie et de la résignation modifient radicalement le sens de la vie pour  tous. C’est, sous couvert de contestation permanente, un souffle de vitalité inespérée qui tourbillonne. Son esprit vif, sa gouaille, son sens de la solidarité à l’intérieur du groupe font merveille et rapidement il cristallise sur lui la méfiance de l’institution d’abord, puis très vite une franche hostilité… jusqu’au drame inévitable. Cette histoire édifiante tout le monde la connait au moins via le succès planétaire de « Vol au-dessus d’un nid de coucous » porté jadis à l’écran par Milos Forman avec Jack Nicholson dans le rôle principal, un drame brûlant de douleurs muettes et in fine un hymne incandescent à la liberté, la démocratie et l’autogestion, autant dire un brûlot politique! Les Comédiens au Chariot en reprenant la pièce originale de Dale Wasserman s’attaquaient à une partie très délicate car il fallait en proposer une vision différente, au-delà de la mémoire et des souvenirs de chacun. Le résultat est vraiment très convaincant. Plateau divisé en deux: la salle commune des malades séparée de celle du personnel soignant réfugié dans son bunker de plexiglas,  mise en scène fluide de Muriel Darras ensuite, et surtout, le jeu très nuancé de l’ensemble de comédiens très homogènes. On pense en particulier aux apartés du Chef indien qui nous prennent à témoin de l’indicible, ou à la fougue dévastatrice de la fête improvisée du final, autant de moments qui infusent de fragilité autant que de la nécessité de s’affirmer avec force. « Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir » aurait pu dire une de nos célèbres contemporaines pour résumer au mieux la condition humaine ici décrite.               Ce spectacle absolument remarquable sera rejoué plusieurs fois en février et mars dans leur petit théâtre de Bourran. À ne  manquer sous aucun prétexte.

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