Conte à rebours

téléchargement (2)C’est une pièce insolite, fantasmatique et  mystérieuse qui ouvrait cette nouvelle année à la M.J.C. de Rodez. «  Dans ma maison de papier, J’ai des poèmes sur le feu », un texte de Philippe Dorin dans une mise en scène d’Éric Jean pour la Compagnie Les Deux Mondes propose une scénographie toute d’ambiguïté  autour d’un plateau pivotant où une porte démesurée dévoile une unique pièce à vivre, au sol carrelé en damiers, propice à toutes sortes de jeux et sa fenêtre ouverte sur le monde, une maisonnette perdue dans une immense forêt au milieu d’arbres gigantesques aux troncs désespérément lisses. Cette variation littéraire en Janus des temps modernes mêle introspection identitaire et dédoublement de personnalité, implique une petite blondinette et sa grand-mère Emma et Aimée, (variations linguistiques sonores de la conjugaison du même verbe), se révélant, de fait, être les deux facettes d’une même personne, un conte allégorique qui alterne énergie vitale et angoisse de mort, où lumière et obscurité se font écho, où le temps n’est que prétexte pour des allers retours entre passé fuyant et futur incertain… ce que résume parfaitement cette phrase : « Tous les enfants sont à l’intérieur d’une vieille personne mais ils ne le savent pas encore »…Une construction mentale voire psychanalytique bourrée de références aux contes de fées depuis des ballerines, enjeu essentiel, lesquelles évoquent bien sûr Cendrillon, le pull-over écarlate qui lorgne vers le Petit Chaperon Rouge,  dont  le loup aux funestes projets pourrait être ce promeneur énigmatique tout de noir vêtu qu’elle croise … sans oublier nommément citée  La Petite Fille aux allumettes…  Une histoire complexe qui s’interroge sur le sens de la vie, qui mêle illusion et magie, rêves et souvenirs … autant dire un texte qui révèle autant qu’il dissimule derrière une économie de mots des thématiques multiples, lesquelles doivent passer largement au-dessus du public jeunesse auquel il est supposé s’adresser en premier. Les lumières très travaillées et souvent latérales, ou l’environnement sonore sophistiqué participe de cette atmosphère de l’entre-deux  où les repères s’effacent. D’aucuns s’enthousiasmeront devant une telle richesse sémiologique, quand d’autres pourront rester dubitatifs devant cette accumulation par trop symbolique.

 

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