Retraite d’offices

téléchargement (1)Un film âpre, glauque, insidieux, machiavélique et d’une extrême perversité, tout le contraire de son titre « El Club » qui supposerait bonnes manières et petits fours. Nous sommes au Chili dans une petite bourgade battue par les flots, une maison toute simple occupée par quatre prêtres et une religieuse, lesquels vivent là une existence banale rythmée par les messes et autres moments de recueillements. Seule distraction, un lévrier de courses qu’ils bichonnent et avec lequel ils gagnent régulièrement des courses dans le village et les paris afférents. L’arrivée de nouveaux pensionnaires va bouleverser l’équilibre précaire de cette communauté et faire ressurgir le passé de chacun lourd de non-dits, de secrets inavouables et de compromissions avec la dictature de Pinochet. L’église conservatrice dans toute sa splendeur, soucieuse de sa puissance et toute d’arrogance qui ne veut reconnaître de justice que divine, les a mis en quarantaine, loin de tout et avec interdiction de tout contact avec la population, dans cette villa contrôlée par le Vatican, sous la surveillance d’une bonne sœur aussi complaisante que suspecte, laquelle s’attache à faire régner la discipline. Lorsqu’un jeune jésuite épris de justice arrive avec des dossiers épais sur chacun d’eux, le vernis craque et les pires turpides font surface: pédophilie, collusion d’enlèvements, de tortures et de disparitions … toute la face sombre des années noires éclate au grand jour et personne n’est vraiment indemne. Tous,  peu ou prou, à la fois  complices, victimes et coupables, c’est une plongée dans l’ignominie et l’horreur dont on ne voit pas d’issue. Des images crépusculaires et volontairement délavées accentuent encore l’atmosphère malsaine qui étouffe les personnages. Ambiguïté, malaise, opacité, on sent dès le début que le chemin de la rédemption au sens le plus christique du terme, une nécessité absolue pour se reconstruire, sera long, chaotique souvent, incertain au possible et probablement toujours insuffisant. Des anti-héros passe- muraille qui refusent d’affronter leur passé et se condamnent ainsi à en être hantés à  jamais. Ce film de Pablo Larrain récompensé d’un Ours d’argent lors de la Berlinade du printemps dernier est d’une exigence et d’une rigueur absolues, chirurgical comme un scalpel et direct comme un uppercut en plein visage.      On en sort sonné.

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