Belle et Rebelle

téléchargement (1)C’est une version qui donne des frissons: une subtile réflexion sur la politique doublée de leçon de résistance et de désobéissance légitime, voilà ce que propose à la M.J.C. de Rodez le Blutack Théâtre avec son adaptation échevelée d’ « Antigone » de Bertolt Brecht. La toute première représentation d’une création brillantissime, pour revisiter le mythe, le dépoussiérer et lui redonner une force indestructible, que l’on pourrait sous-titrer: « Je me révolte donc Nous sommes ». Des personnages tout de cuir et de bottes, vociférant, hurlant de désespoir ou de haine, meurtris ou tortionnaires qui prennent possession d’une scène circulaire, laquelle est composée de plateaux concentriques pivotant  sur eux-mêmes. Tous viendront au cœur de cette cible funeste: du dictateur insatiable à celle qui refuse de se soumettre, de la sœur hésitante au fiancé rongé de douleurs, du devin androgyne et polymorphe au séide brutal… Tout autour des colonnes d’écrans, pour relayer, amplifier ou démentir l’angoisse qui suinte, la violence des affrontements ou la bravoure suprême, Big Brother en écho au chœur antique. La nécessité du combat fut-il inégal, l’engagement indispensable, les valeurs et la vertu contre l’idéologie mortifère, « ce que l’on n’a pas le courage de faire, on le fait parce qu’on a peur », les passions toutes de chair, de sang et de larmes, c’est de morale individuelle et/ou collective dont se nourrit cette pièce intemporelle qui bruisse de vitalité. La mise en scène de Grégory Bourut toujours sur le fil du rasoir relance en permanence cette tragédie légendaire et les cinq acteurs, tous à l’unisson, débordent d’énergie et de présence, n’hésitant pas à plusieurs reprises à descendre dans la salle au plus près des spectateurs pour les impliquer dans cette histoire, laquelle ne peut laisser personne indifférent. Du cadavre nu de Polynice en ouverture, à l’amazone conquérante d’Antigone, poitrine fière telle « La liberté guidant le peuple » de Delacroix  à la toute fin, c’est aussi le corps dans toute sa symbolique qui s’impose comme enjeu de pouvoir… Nouvelle séance ce soir à 20 heures 30 même lieu pour un spectacle à ne manquer sous aucun prétexte.       Exceptionnel.

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