Point de départs

 

téléchargementNous sommes au cœur de la campagne indienne, un petit village aux maisons en terre battue, électricité chaotique, pas de mécanisation pour les travaux des champs… Tout le monde est réuni et trépigne pour fêter le départ de l’un des siens pour l’Amérique, pays de tous les fantasmes. Ce film de Prashan Nair « Umrika » comme on a ici coutume d’appeler les Etats-Unis, est l’occasion de sonder en profondeur cette quête impossible d’un monde si éloigné, essentiellement véhiculé par les images du cinéma bien sûr dont on sait l’importance particulière en Inde, loisir extrêmement populaire et stars adulées, à égalité avec le cricket. Partir à la conquête de cet Eldorado où  tout n’est que surdimensionné, disponible ou surabondant, l’exact opposé de ce que vivent au quotidien ces simples paysans, voilà ce qui les fait rêver. Quelques colis surprenants ou des lettres illustrées de photos découpées dans des magazines, que seul peut lire publiquement le facteur pour rassurer la famille analphabète ou les proches, nourrissent ainsi à intervalles réguliers les espoirs de ceux qui sont restés. Jusqu’au  jour où tout s’arrête et incite le frère cadet à se mettre en route pour essayer de retrouver traces de son aîné lequel ne donne plus signe de vie. Par petites touches entre humour et émotion, ce long métrage explore avec beaucoup d’empathie pour ses personnages le gouffre entre le mythe sublimé et la réalité prosaïque. La patrie de L’Oncle Sam seulement présente de façon virtuelle et détournée, de plus en plus évanescente, toujours plus inaccessible, devient une version moderne du mythe d’Icare, tandis que parallèlement le réalisateur s’attarde sur les travers de la société indienne très segmentée: potentats locaux et exploitation des plus faibles, femme népalaise que l’on cache, pots-de-vin et corruption endémique… Un film subtil et tout en demi-teintes sur l’illusion et le mensonge,  loin du strass et paillettes de Bollywood,  qui va bien au-delà de la problématique de l’exil pour  proposer des pistes de réflexion sur l’Inde actuelle, puissance économique émergente aussi complexe que multiforme. Une projection qui s’inscrit dans la programmation de la deuxième saison indienne en Aveyron, laquelle se prolonge jusque début novembre.

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