Les bleus de l’amour

téléchargementExigeant et intimiste, cru au besoin mais toujours sans concession, voilà le film qui a mis le Maroc, son pays d’origine, sens dessus dessous. « Much loved » de Nabil Ayouch présenté au dernier Festival de Cannes à la Quinzaine des Réalisateurs nous immerge dans le quotidien de plusieurs prostituées de Marrakech, un univers volontiers glauque et violent qui donne à voir une image très différente du chromo glacé touristique. La seule image de la célébrissime Place Jemaa el-Fna la montre déserte, au petit matin, sans glamour ni charme, même chose pour la médina qui cache des appartements lugubres. Belles-de-jour ou oiseaux de nuit, escort-girls de luxe pour Saoudien riche de ses pétrodollars venu s’encanailler dans un pays frère, filles de joie avec qui de vieux européens mal dans leur peau viennent tromper leur solitude affective, putains que les locaux désargentés dédommagent en fruits et légumes, le film ne lâche jamais celles que l’on nomme au choix tapineuses, catins ou péripatéticiennes… Souvent on les présente soumises ou victimes, le réalisateur nous brosse au contraire le portait de ces femmes, dont tout le monde -famille y compris- profite de l’argent sale, comme particulièrement  déterminées et conquérantes. Mieux, pas dupes de la situation, elles font preuve paradoxalement d’émancipation, d’audace et d’une lumineuse solidarité. Rejetées, frappées, elles se relèvent toujours et font preuve dune sororité combative, malgré les flics corrompus ou le mépris qu’elles affrontent. L’alcool qui coule à flots, la drogue facile à se procurer, le désir, la sexualité dévorante, les corps en extase… tout cela, la censure marocaine et certains milieux islamistes ne l’ont pas supporté et ont lancé une cabale contre le film, son réalisateur et ses actrices, les mettant au ban de la société  avec son lot d’insultes et de menaces pour « outrage grave aux valeurs morales et à la femme marocaine, et une atteinte flagrante à l’image du royaume ». Frustration sexuelle et hypocrisie affichée, non-dits et tartuferies, autant de tabous qui volent en éclats dans ce long métrage qui montre la face cachée d’un pays obnubilé par le poids économique si important du tourisme et soucieux d’apparaître comme un îlot de prospérité.                         Ce film pudique et douloureux en dévoile une autre facette.

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