Couleurs focale

téléchargementC’est une excellente surprise de voir Rire Onet s’aventurer sur un registre d’humour complètement diffèrent, loin du consensuel inodore et sans saveur que l’on ne voit que trop souvent. Ici, pas de rires graveleux, de sous-entendus grivois qui ne visent que le dessous de la ceinture et autres blagues siglées carambar, c’est assurément d’un tout autre niveau, très largement au-dessus. C’est à la perspicacité du spectateur que l’on s’adresse, à sa capacité de réflexion, à son discernement en jouant de l’émotion, de la complicité, de la bonne humeur ou de l’esprit, en un mot un pari qui parle au cœur et à l’intelligence de chacun. Et cela fait vraiment un bien fou : sourire, rire ou s’esclaffer sur le blasphème ou le racisme latent, «les clichés qui sont le terreau où se nourrit la discrimination», les dictatures ou la corruption, le délit de faciès ou le commerce équitable, les génocides ou les réfugiés… des thèmes à forte valeur politique ajoutée sur lesquels discourent, philosophent, se défient ou se retrouvent avec beaucoup d’autodérision et de second degré Éric Blanc et Gabriel Dermidjian. Leur duo « Mon frère Blanc » dont le titre rend hommage à Léopold Sedar  Senghor,  est en permanence sur le fil du rasoir et donne à entendre autre chose que les sempiternelles plaisanteries du tout-venant…                                                                                                                                                     Nous sommes en amont de la représentation, dans les loges. Là,  les deux artistes se préparent à entrer en scène et discutent tout en se maquillant de leurs dernières idées, de leurs trouvailles et de l’agencement de leurs sketches. Autant de prétextes pour nous entraîner l’air de rien à réfléchir sur des sujets plutôt ardus, mais patiemment et adroitement mis en exergue pour pimenter de réflexions bien senties l’actualité qui s’emballe, les non-dits si explicites et autres tabous. Avec subtilité et pudeur, ils ouvrent des portes, esquissent des pistes, alertent sur les inégalités, les aveuglements ou les compromis, en un mot visent juste sur des sujets qu’ils ne brossent pas dans le sens du poil. C’est souvent grinçant, corrosif quelquefois, toujours argumenté et implacable, aucune facilité ni banalités de salon, un ton tout sauf péremptoire, c’est distiller avec justesse un autre discours. A contrario, on peut regretter un certain manque de rythme. Si, comme ils le défendent de bout en bout « l’humour sublime le désespoir » on  ressort de ce spectacle haut en couleurs  ragaillardi et plus optimiste.                                                            En première partie, Cécile Giroud et Yann Stotz  nous ont fait rêver par leurs imitations décalées et leur ton de parodie fofolle. Les revoir ce soir permettra de se faire une idée plus précise sur leur style et leur univers.

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Un commentaire pour Couleurs focale

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