Révolution d’octobre

téléchargement (1)Octobre 1931 à Guanajuato Mexique, c’est là que débarque Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein qui, alors qu’il veut tourner un film sur le continent américain, se brouille avec Hollywood. Ce sera des heures et des heures de rushes et des kilomètres de pellicule tournées  pour un film qui demeurera à jamais inachevé: « Que viva Mexico! » Celui-ci ne sera monté que partiellement 50 ans plus tard par son collaborateur dévoué Alexandrov qui le résumera ainsi: « Eisenstein a décidé de faire un film original, sur un pays original dont l’histoire tragique peut être contée sans acteurs professionnels, ni décor ». Lors de ce voyage initiatique, son guide personnel Palomino Canedo lui fera découvrir un monde aux antipodes de sa vie antérieure à Moscou, où Éros et Thanatos sont aussi complémentaires qu’antagonistes, où l’exubérance sexuelle devient seule réponse possible pour échapper aux angoisses de la création et de la mort. Dix jours de liesse, de sensualité à fleur de peau et de liberté frénétique, loin de l’idéologie stalinienne auprès de laquelle il devient de plus en plus suspect… Peter Greenaway a choisi avec « Que viva Eisenstein !»  non seulement de célébrer cette figure tutélaire du cinéma mondial, mais d’aller bien au-delà d’un hommage fut-il tout de flamboyance et d’inventivité visuelle. Il fait de son dernier film un opéra funèbre et magnifique, tout de puissance dévastatrice et d’effervescence délirante  pour explorer les doutes et les failles intimes de son héros protéiforme, un peu à la manière de Polanski avec « Amadeus ». Écran divisé en plusieurs images qui se répondent ou s’opposent, musique explosive et autres effets ébouriffants, c’est abracadabrantesque et ouaté, fulgurant et intimiste, iconoclaste et subtil pour embrasser toutes les facettes de ce génie tourmenté.Toute l’intelligentsia progressiste de l’époque, de Maïakovski à Frida Kahlo, de Chaplin à James Joyce, de George Bernard Shaw à Upton Sinclair hante ce long métrage sophistiqué qui brosse un portrait en forme de puzzle de cette personnalité extraordinairement complexe. Ambivalence des sentiments, passion douloureuse, homosexualité révélée et frasques en tous genres, sont comme un kaléidoscope scintillant, une vision échevelée d’un cinéaste extrêmement talentueux admirateur d’un immense génie.                                                             Un des films les plus brillants jamais consacrés au cinéma avec Elmer Bäck incroyable de mimétisme dans le rôle-titre.

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