Sex in the country

téléchargementMai 68 est passé par là. En ce printemps 71, sous présidence Pompidou où règne la morale corsetée, il n’est pas de bon ton de se revendiquer femme libérée, de réclamer l’égalité salariale et le droit à une sexualité épanouie, corollaire de l’accès libre à la contraception ou à l’avortement, ne sont que l’apanage de mouvements féministes ou de l’intelligentsia parisienne éclairée. Deux femmes que tout oppose, l’une provinciale qui s’occupe de la ferme de famille dans  sa Corrèze profonde où le machisme ancestral est la règle, l’autre citadine revendiquée et prof d’espagnol militante se rencontrent et vont peu à peu apprendre à se connaître, à s’apprivoiser jusqu’à se découvrir une folle passion réciproque, laquelle ne manque pas de déranger et fera des étincelles … Voilà la trame de « La belle saison »  le dernier film en date de Catherine Corsini, lequel reconstitue avec beaucoup d’acuité la société de cette époque. Ambiance survoltée de manifs, provocations frondeuses et autre happening, chanson emblématique telle » l’Hymne des femmes », doutes et utopies se bousculent pour rendre avec force détails très justes l’atmosphère de ces années-là. Les deux comédiennes, tant Izïa Higelin dans le rôle de la paysanne timide mais aux élans irrépressibles, que Cécile de France extrêmement convaincante dans son rôle de femme plus mûre et engagée mais tout aussi troublée, sont absolument remarquables et donnent une force et une authenticité incroyables aux personnages qu’elles incarnent. La sensualité contagieuse, la détermination sans faille et leur tendre complicité forcément clandestine, poids du regard d’autrui oblige et surtout celui des proches,  transforment leur histoire d’amour impossible en brûlot incandescent qui triomphe du politiquement correct. C’est à la fois tout d’intimité solaire et de blessures inavouées pour transcender cette love story non conventionnelle en histoire d’amour universelle faite de chair et de larmes. Dans le contexte actuel encore empreint d’homophobie latente,  c’est dire si ce film s’impose comme une réponse citoyenne évidente toute de dignité, de pudeur et de fraternité humaine.

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