Réclusion spirituelle

téléchargementPas facile de les apprivoiser, de les mettre en confiance et de les faire parler, elles qui sont tenues au silence permanent. Elles, ce sont les 30  sœurs de l’Ordre cistercien de la stricte observance de l’Abbaye de Bonneval où se fabrique un chocolat artisanal parmi les plus réputés, quand d’autres trappistes font dans le fromage ou la bière. Il a fallu beaucoup de persuasion au réalisateur Nicolas Gayraud, lui-même originaire de l’Aveyron, pour convaincre la mère Abbesse d’abord d’ouvrir les portes de son couvent, et ensuite, avec tact recul et sérénité, recueillir les paroles des nonnes, lesquelles se confient  longuement dans « Le  temps de quelques jours ». Des pensées aussi déroutantes qu’inattendues sur un choix de vie qui surprend encore plus à l’époque actuelle, un hymne au rythme de la nature couplé de philosophie existentielle qui interroge le spectateur. Un documentaire à la fois contemplatif et tout de quiétude où l’introspection personnelle la plus profonde rebondit sur des questions plus concrètes d’adaptation à une communauté austère parfois pesante. De la chocolaterie au réfectoire, des escapades insouciantes dans les champs alentour à la solitude oppressante, chacune témoigne avec infiniment de lucidité sur un parcours qui ne manque pas d’étonner, de l’ancienne ingénieure parisienne qui a tout plaqué de sa vie antérieure à la jeune novice polonaise nourrie d’art, de cinéma ou de littérature qui navigue entre doute et quête de sens. C’est moins le coté religieux qui intéresse le réalisateur qui ne fait que quelques plans assez vagues des bâtiments ou du cloître que d’essayer de percer les personnalités de chacune  de ses interlocutrices filmées en situation : en études ou sur le tracteur, affairée au ménage ou empaquetant les produits qui sont vendus à l’extérieur. En contrepoint, l’interview du seul homme, le maître chocolatier, qui disserte sur ses conditions de travail, le rapport à la vie complètement diffèrent ou son admiration devant ces religieuses définitivement hors du temps laisse entrouvertes des pistes de réflexion assez radicales sur le détachement matériel, la complicité spirituelle, la sérénité radieuse  ou l’ascétisme nécessaire…                 C’est avec cette animation gratuite que se terminait la saison 2014/2015 du Krill qui confirme, si besoin était, son rôle d’acteur indispensable de la vie culturelle du Grand Rodez.

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