Conteur de taxi

téléchargementLe dernier film en date de Jafar Panahi « Taxi Téhéran » est une gageure, un pari fou et insensé. Condamné à six ans de prison et donc juré fantôme de nombreux Festivals, interdit de tourner, d’écrire un scénario, de quitter son pays ou de s’adresser à la presse ou de parler en public pendant 20 ans, ce film à mi-chemin entre fiction et documentaire a obtenu l’Ours d’Or à la dernière Berlinale. Tout se déroule à l’intérieur d’un taxi où le réalisateur qui y fait office de conducteur a installé des petites caméras, lesquelles saisissent des instantanés de la vie dans la capitale iranienne, ville moderne très urbanisée. D’un long road movie, paradoxalement presque immobile, puisque on ne sort jamais de la cité, il fait une parabole très symbolique sur l’enfermement et le repli sur soi de son pays natal… À chaque arrêt, un nouveau passager s’invite dans sa voiture, l’occasion pour lui de dessiner en creux et par petites touches un état des lieux. Peine de mort toujours en vigueur et lynchage officialisé, droits des femmes quasi inexistants en particulier pour les veuves, DVD qui circulent sous le manteau pour contourner la censure aveugle, consignes aussi ubuesques qu’absurdes distillées dans les écoles, retrouvailles avec une avocate spécialisée dans la défense  des Droits de l’Homme menacée de radiation du barreau… autant de séquences pointillistes qui sous un ton très badin évoquent une réalité effrayante. Ces rencontres qui oscillent entre ironie amère et humour décalé,  fantaisie désabusée et ordinaire délirant ne sont que prétextes à ouvrir, comme les portes du taxi, des pistes de réflexion infinie sur des sujets graves ou plus futiles qui régissent la société iranienne. Ajoutée à tout cela une analyse subtile sur le cinéma comme medium privilégié, ses limites, ses forces ou ses faiblesses, chaque plan ou chaque scène ouvre d’étonnantes perspectives… De ce taxi qui n’est que de nom, tant son chauffeur semble hésitant, cherchant à chaque croisée des routes une issue improbable, dérivant ou tournant en rond, le spectateur devient le passager clandestin témoin de l’Iran d’aujourd’hui empêtré dans ses contradictions.                                           Mise en scène fluide pour un film tout d’intelligence. À voir absolument.

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