Mauvais temps

9782070779697FS Clap de fin sur la saison 2014/2015 à la M.J.C. de Rodez avec la pièce de théâtre «  Un fils de notre temps »  proposée par le Centre national de Saint-Denis d’après le roman de Ödön Von Horváth, un « auteur dégénéré » selon les nazis, lesquels brûlèrent tous ses écrits. Dans un décor très dépouillé, c’est à un monologue à quatre voix porté par des comédiens habités par ce texte aussi âpre et prémonitoire que d’une actualité lumineuse que l’on assiste. « Je suis soldat… », la toute première phrase prononcée, installe d’emblée le personnage que ces jeunes acteurs incarnent, tour à tour ou ensemble, les multiples facettes et états d’âme d’un chômeur paumé, lequel voulait être typographe, mais va s’enrôler dans l’armée du Reich,  un peu pour venger la défaite du premier conflit mondial et beaucoup pour échapper  à la misère. « La guerre est une loi de la nature », « l’individu ne compte pas seul le peuple … », « l’honneur et la patrie …», « pas de droit sans force »… autant de sentences définitives ou de maximes lourdes de sens qui justifient à ses yeux son embrigadement volontaire et, qui plus est, le démarque de son père aux idées pacifistes honnies. La discipline, l’ordre, l’horizon totalitaire sous-entendu,  le contexte politique est sans ambiguïté… Sauf que blessé et inapte au combat, l’armée le rejette et s’en débarrasse… Sa frustration et sa déception deviennent insupportables, son ressentiment le ronge et le détruit, sa quête existentielle est semée d’embûches toujours plus douloureuses jusqu’à l’entraîner dans une spirale infernale… Ce parcours hautement symbolique où l’idéologie fascisante se nourrit du nationalisme exacerbé, du rejet des autres, de phraséologie totalitaire, la démultiplication du personnage le rend encore plus tangible. Idem avec la volonté du metteur en scène, Jean Bellorini d’identifier chaque interprète d’un instrument particulier pour dépasser ces paroles terribles, la petite musique personnelle en opposition et/ou en résonnance avec l’opinion du plus grand nombre… une parabole sur l’engagement, dans tous les sens du terme, qui éclaire non seulement une période historique bien précise mais bien davantage, un devoir de mémoire indispensable à méditer. Quand, à la toute fin, la scène se trouve couverte de neige, ce sont d’inquiétants fantômes qui la hantent…

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