Piliers de Barre

téléchargement (3)Un film documentaire tout en empathie avec ses personnages mais à juste distance, la caméra qui recueille les déclarations mais sait se montrer discrète et non intrusive, ni voyeurisme, ni recherche de l’effet sensationnel. La mise en scène de «  The Stone River »  projeté hier à la médiathèque est toute de sobriété respectueuse et donne à voir et à entendre avec pudeur ses interlocuteurs. Nous sommes à Barre dans le Vermont, une ville qui prospéra à la fin du XIXème siècle grâce à son granite, au point de s’en proclamer la capitale mondiale. La qualité de son gisement est réputée dans le monde entier pour sa finesse, sa texture et sa résistance. Nombreux furent les immigrés qui y affluèrent venant d’Écosse, d’Irlande, de Suède, d’Espagne mais surtout d’Italie. La plupart venait de Carrare et de ses célèbres carrières de marbre, celles-là mêmes où Michel-Ange en personne avait jadis coutume de s’approvisionner pour ses célèbres sculptures. Dans les années 30, le gouvernement Roosevelt entreprit une vaste campagne de collecte de témoignages oraux et photographiques  sur cette époque de la Grande Dépression. Le livre de John Steinbeck « Les raisins de la colère » ou sa sublime version cinéma signée John Ford avec Henry Fonda en sont l’illustration idéale. La démarche de Giovanni Donfrancesco s’inscrit dans la même volonté à ceci près que ce sont les résidents actuels de cette bourgade filmés en couleur  face à l’objectif qui disent les propos transcrits de leurs ancêtres, leurs mots d’origine, leurs souvenirs, leurs espoirs ou leur mal du pays. De  longs plans dans le cimetière où les pierres tombales sont autant de repères sur la vie de  l’époque, la ségrégation entre prolétariat et bourgeoisie, les luttes syndicales, l’argent vite gagné et encore plus vite dépensé, la prostitution, les beuveries ou les bagarres entre communautés…C’est leur quotidien magnifié par les voix des habitants actuels, tailleurs de pierre bien sûr, lesquels poursuivent ce travail éprouvant dans des conditions sans commune mesure, même si la silicose fait toujours des ravages, mais aussi l’éleveur de bétail, le vendeur ambulant de burgers ou l’infirmière de l’hôpital local… Ces « paroles déplacées » sur une corporation d’Européens paupérisés poignantes de vitalité rebondissent en  écho à la fin du film avec les images d’archives en noir et blanc.       Sorti en 2013 et récompensé dans de nombreux festivals, il faut le découvrir absolument.

Publicités
Cet article, publié dans Cinéma, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s