F.M. ère

téléchargementUn spectacle éminemment subtil, poétique, tendre, pour tout dire un moment d’une intelligence rare sur l’art de vivre, le temps qui s’écoule inexorablement, la jeunesse qui s’enfuit et  la mort inéluctable qui se rapproche. Un one man show qui tutoie les sommets  et  entraîne avec délice ses spectateurs, où l’humour se mâtine de nostalgie, les pensées se colorent de spleen, la mémoire repeint les souvenirs, et la joie de vivre l’instant se conjugue autant du passé révolu que de l’avenir incertain. François Morel, mélancomique distingué, c’est bien sûr les Deschiens sur Canal, ses chroniques hebdomadaires sur France Inter et ses multiples rôles cinéma, télévision ou théâtre, mais c’est d’abord une présence magnifique, une façon bien à lui de s’approprier la scène et d’entrer en symbiose avec son public. Derrière son caractère débonnaire et bon enfant qu’il cultive à merveille, il fait preuve d’une remarquable empathie pour les personnages qu’il incarne, tous en nuances et en demi-teintes, jamais dans la caricature outrancière, juste la retenue nécessaire et évidente, une galerie de portraits exemplaires de dignité et de respect. « La fin du monde est pour dimanche », son dernier spectacle en solo qu’il promène depuis maintenant près de deux en tournée est un modèle du genre. Une ouverture géniale sur fond d’écran: Anna Karina échappée de « Pierrot le fou » évoque avec sensualité, une certaine nonchalance alanguie, lui permet par la magie des trucages de se substituer à Belmondo et de s’incruster dans l’image pour lui donner la réplique. Ce sera le début de ses réflexions sur  la vie qui va, les difficultés du quotidien et la nécessité de composer avec pour avancer. En papy gâteau, galurin sur la tête, enroulé dans une couverture sans âge, il profite d’un ciel étoilé au petit matin pour  transmettre à son « gamin » sa philosophie de vie, ce que chaque séquence illustrera avec pudeur et délicatesse: l’enfant triste à la venue d’un cirque, la fan vieillissante de Sheila, l’envoyé spécial en direct de Bethléem, le voyageur fatigué du métro parisien, l’acteur de complément qui clame son mal-être en alexandrins ou l’histoire d’amour passionnée avec une huître… Une mention spéciale pour  le procès du bonheur, forcément illusoire, ou celle du globe terrestre qui rebondit de mains en mains, clin d’œil à Chaplin, deux scènes absolument magnifiques qui mettent en valeur tout le travail collectif réalisé: la mise en scène brillantissime, le piano blanc devenu personnage à part entière, les effets vidéos, tout, absolument tout, est juste parfait.                                                                                               Une soirée éblouissante de bout en bout, probablement une des meilleures depuis l’ouverture de la Baleine.

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