Engrenages

téléchargementUn huis clos étouffant dans l’enceinte de la fac, chez un prof d’université aux dents longues. Lui, dévoré d’ambition convoite la promotion qui lui permettra de s’acheter une superbe maison et la reconnaissance sociale induite, elle, une de ses étudiantes, hésitante et recroquevillée sur elle-même, est venue  le rencontrer pour lui faire part de ses difficultés en cours, de son manque de confiance en soi, de sa langueur existentielle. Le décor est minimaliste: un grand bureau moderne, dépouillé, couleur passe-muraille, et un téléphone qui ne cesse de sonner, elle, en face,  repliée sur une chaise, toujours sur la défensive. Il est aussi massif et impressionnant physiquement qu’elle est menue et semble d’une timidité maladive, fragile, presque transparente. Il le joue grand seigneur, pygmalion protecteur, disponible et attentif, elle, pose des questions qui fâchent, titille sa curiosité et trace insidieusement et inéluctablement son chemin : trouver le point faible, la faille, puis s’y engouffrer et en tirer tous les bénéfices possibles. La tension va crescendo. Entre ambiguïté verbale ou gestuelle, la joute entre les deux protagonistes prend peu à peu un ton plus complexe, inquiétant. De l’observation muette et désinvolte, on est passé à une stratégie beaucoup plus élaborée comme une partie d’échecs où chacun se doit d’anticiper le prochain coup de l’adversaire. Ils étaient dans une relation hiérarchique classique et déséquilibrée: le  prof dominant par la position sociale, le vocabulaire, le savoir en un mot le pouvoir, elle, dominée, d’abord de façon doucereuse et astucieuse, puis toute en perfidie retorse de plus en plus sournoisement, elle va renverser la situation et s’imposer. Le  symbole le plus évident de ce changement de rapport de forces se concrétise quand c’est elle qui accroche sa veste sur le porte manteau, seul autre meuble de la pièce. Elle tire maintenant les ficelles de celui qui n’est plus qu’un pantin désarticulé et pathétique… Comme « Oleanna» la pièce de David Mamet se situe aux Etats-Unis, le recours à la justice, le chantage, les menaces en tous genres sont présents, chaque parole, chaque attitude fait craindre le pire. Toute en manipulation pernicieuse et en  non-dits dévastateurs, cette pièce vire à l’affrontement psychologique aux accents obsessionnels et pervers sous-jacents. La Compagnie du Théâtre de  l’eau qui dort, délicieux euphémisme, réussit ce pari audacieux qui laisse le spectateur perplexe et désorienté.                                                                                                                                             Ce spectacle  proposé par les Espaces Culturels de Villefranche de Rouergue se déroulait  samedi soir dans le petit théâtre à l’italienne de la ville, une soirée  qui n’a pas fait le plein.

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