Jamais eux sans toi

images (1)Pour bien appréhender le spectacle proposé hier soir à la M.J.C. il fallait en connaitre sa genèse: une histoire écrite par trois artistes de cirque, dont l’un, trapéziste devenu tétraplégique suite à un accident et décédé depuis, ne connaîtra jamais la version définitive présentée de ce projet complètement fou. « Nos limites »  c’est autant un hommage à l’ami disparu pour dépasser son absence douloureuse qu’une parabole sur la puissance de l’esprit sur le corps meurtri. Les deux artistes circassiens Matias Pilet et Alexandre Fournier vont ainsi pendant près d’une heure relever ce double défi : évoluer en se privant volontairement de l’usage des jambes, en rampant, en se traînant sur les coudes ou à la seule force des bras, multipliant des figures de chorégraphie toutes simples lesquelles mettent autant en lumière l’expression corporelle de chacun que la complicité entre eux, ce qui se traduit, in fine,  par des porters mains à mains décalés voire totalement incongrus ou excentriques. Occuper l’espace comme des pantins désarticulés qui se réapproprient leur potentiel patiemment mais avec une volonté de fer, pour des postures de moins en moins banales, où la force mentale est aussi importante que la puissance physique, voilà le pari audacieux à relever. Sans aucune musique ni décor, ce sont  juste deux athlètes déterminés mais qui restent délibérément  au ras du sol avec des évolutions toutes en nuances, voire au ralenti, lesquelles expriment leur énergie vitale et leur soif de repousser toujours plus les limites. Cette ascèse minimaliste devient de plus en plus symbolique aveuglante  car rebondissant sur un tapis d’un blanc éclatant, la couleur du deuil dans nombre de civilisations, avec son coté transcendance évidente et immortalité allégorique induite. En épilogue, le solo tout en muscles et en acrobatie dessine  un prolongement contrasté  pour des  perspectives imaginaires qui concluent de manière spectaculaire et emblématique ce spectacle inclassable construit d’après une idée originale de Fabrice Champion, ce voltigeur brisé dont le nom résume à lui seul l’inaliénable exigence.

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