Travaux pratiques

téléchargement (1)C’est une pièce glaçante, effrayante même tant le monde du travail qu’elle décrit fait froid dans le dos.  « L’augmentation » de Georges Perec est un texte incisif,  ironique  parfois, cynique au besoin, machiavélique aussi, mais qui toujours frappe juste et fort et d’une incroyable actualité plus de quarante après sa parution. La mise en scène au cordeau est d’une intelligence rare jouant sur des décors sobres et mobiles en perpétuel mouvement qui rajoute de la déstabilisation en permanence dans ce dialogue avorté entre un petit employé dont « la monotone grisaille de sa vie souffreteuse » est toujours soulignée, face à son chef de service archétype du patronat qui se gargarise de mots tout de condescendance et de paternalisme quand ce n’est pas de religiosité onctueuse. Le glissement sémantique du discours est absolument prodigieux tant il met au centre de ces relations de travail le poids de la hiérarchie, son indifférence à la souffrance et sa logique qui ne se décline que par rentabilité et bénéfice financiers. D’humain, il n’est guère question et cette froideur clinique symbolisée tant par une bande son obsessionnelle aux sonorités métalliques que par des gestes d’automates robotisés ou prisonniers de cellophane, enferme encore davantage les personnages dans un individualisme forcené et, in fine, contreproductif. Aux revendications légitimes du subalterne mal considéré et mal payé ne  répondent que glose alambiquée, jargon obséquieux et mépris sous-jacent. Cette pièce bâtie sur  l’alternative possible : le chef est là ou pas, il me reçoit ou pas dans son bureau, il m’écoute ou pas etc… devient un suspens sociétal tout de noirceur vénéneuse à l’issue évidente,  la frustration et le mal être sont les moteurs récurrents de ce microcosme de lutte des classes. L’arrogance et la morgue des uns face à la soumission tacite des autres, tout explose dans une scène d’anthologie de remise de médaille du travail par la société, l’entreprise, le consortium  ou le trust, c’est selon, au collaborateur forcément émérite mais qui stagnera au bas de l’échelle sociale. Flonflons, cotillons ou chants mielleux masquent jusqu’à la caricature ce qui devint une tragédie humaine où  le désespoir se conjugue de fragilité  psychologique. Les cinq acteurs du Blutack Théâtre dont le metteur en scène Gregory Bourut, sont tous remarquables dans leurs rôles interchangeables de victime rabaissée ou de supérieurs haïssables. Cette relation de sadisme feutré n’est pas si éloignée du Arbeit macht frei de sinistre mémoire. Un des meilleurs spectacles depuis longtemps à la M.J.C.

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